Venus de l’autre bout de la France, des soignants en renfort d’équipes épuisées

STRASBOURG, 10 avril 2020 (AFP) – Ils ont traversé tout le pays, leur caducée en bandoulière, pour plonger dans le cauchemar des hôpitaux débordés par les malades atteints du coronavirus, mais, pour ces soignants, « cela paraissait évident » de venir épauler leurs confrères épuisés.

« Etre solidaire dans des moments comme ça, c’est la moindre des choses », estime Laure Detaille. Avec plusieurs collègues de la polyclinique de Navarre à Pau (Pyrénées-Atlantiques), cette infirmière anesthésiste a parcouru la France en diagonale le 2 avril jusqu’à l’hôpital de Mulhouse, violemment secoué par l’épidémie. Ils y sont « accueillis comme des rois », affirme Mme Detaille, qui « ne regrette vraiment pas » sa venue.

Pour le Dr Franck Decamps, anesthésiste à Pau, aussi, cela « paraissait évident de monter » jusqu’en Alsace.

« A Pau, il ne se passe rien, donc on ne réalise pas vraiment, il y a un gros décalage. Depuis que je suis arrivé, j’ai vraiment pu voir la gravité de cette pathologie, c’est quelque chose qu’on ne peut pas appréhender tant qu’on ne l’a pas vu », poursuit le médecin, qui insiste auprès de ses proches du Sud-Ouest sur l’importance du confinement.

« Impressionné » par la volonté de tous à « travailler dans le même sens », le Dr Decamps va prolonger jusqu’au 20 avril son séjour mulhousien pour continuer de travailler sur une unité de post-réanimation créée de toute pièce en deux jours.

Après un mois d’admissions incessantes de personnes gravement malades et malgré une accalmie ces derniers jours, « nous avons toujours besoin d’aide pour assurer la rotation » des équipes soignantes, explique Corinne Krencker, directrice du Groupe Hospitalier de la Région de Mulhouse et Sud-Alsace (GHRMSA).

– Envie de se sentir utile –

Sur la région Grand-Est, massivement et précocement frappée par l’épidémie, 92 anesthésistes-réanimateurs et 111 infirmiers/infirmières sont venus renforcer les équipes locales, selon l’Agence régionale de santé (ARS) Grand-Est.

« J’ai pu aider et je reviens avec une expérience importante », estime le Dr Patrick Bodiou, anesthésiste-réanimateur de retour chez lui sur le bassin d’Arcachon. « Mais nous aurions été encore plus utiles plus tôt », considère-t-il, « assez perplexe sur la mobilisation des spécialistes en anesthésie-réanimation » qu’il juge tardive.

Se prenant à leur tour de plein fouet la vague du virus, les hôpitaux d’Ile-de-France ont à leur tour besoin de soutien d’autres régions.

« On sent qu’avant d’apporter une aide technique, on est déjà une aide morale. (…) Ils se sentent soutenus », observe Kristell Tanguy, médecin de Landerneau (Finistère) revenue lundi de l’hôpital d’Orsay (Essonne). Elle en parle comme d’une « riche expérience », en allant « un peu vers l’inconnu ».

Clémentine Lecoq et Hélène Munsch ont voyagé dans le bus de l’équipe de rugby de Brive-la-Gaillarde jusqu’à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, où elles vont rester deux semaines.

« J’avais envie de me sentir utile », explique Clémentine Lecoq, infirmière en clinique, toutefois « un peu inquiète » de n’avoir jamais travaillé en réanimation.

« On ne va pas devenir des infirmières réanimatrices en quelques jours. On va prêter main forte et apprendre en même temps », considère-t-elle.

Hélène Munsch, sa collègue aide-soignante de Brive-la-Gaillarde, s’est fixé trois mots d’ordre: « suivre, écouter, apprendre ».

La réanimation « est un service que beaucoup de soignants appréhendent », « très technique » avec des patients « très fragiles », reconnaît-elle. Néanmoins, elle « ne (se) voyait pas ne pas y aller ».

Arrivée dimanche de Morlaix (Finistère) au Centre hospitalier de l’Europe à Port-Marly (Yvelines), Cynthia Dutent était « mal à l’aise à entendre les gens applaudir à 20H00 » et se « sentait inutile ». « C’était très frustrant », raconte l’infirmière.

– « Un peu peur » –

« Là, je me dis que j’aurai participé à tout ça. Même si ce n’est pas nous qui trouverons la solution, on apporte notre touche », ajoute-t-elle.

Mais sa décision n’a été prise qu’après un conseil de famille. « Tout le monde m’a dit ok, même ma mère qui avait un peu peur », explique Cynthia Dutent, qui reconnaît « un peu de cafard » d’être loin de son fils pour ses 18 ans.

Malgré une expérience de quinze ans en réanimation au CHU de Reims, elle a été surprise de « la thérapeutique particulière » des patients atteints du Covid-19.

« Les patients sont très instables et difficiles à soigner car ils résistent aux traitements. (…) Même les médecins sont parfois surpris. Tout le monde découvre un peu », rapporte-t-elle.

« Super vite intégrée à l’équipe » comme les autres renforts, Cynthia Dutent n’a aucun doute sur là où elle doit être. Son métier lui « a toujours plu ». « Encore plus maintenant. »

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