WN/ex-Whirlpool: 98,5% des dépenses ont été « justifiées », quelques zones d’ombre (audit)

AMIENS, 25 juillet 2019 (AFP) – Environ 98,5% des dépenses réalisées par WN -repreneur l’an dernier de l’usine Whirlpool d’Amiens, aujourd’hui en redressement judiciaire- étaient « directement liées à l’activité de l’entreprise », mais quelque 179.000 euros suscitent « des interrogations », selon les résultats de l’audit rendu public jeudi par Bercy.

En mai 2018, l’industriel picard Nicolas Decayeux avait repris 162 des 282 ex-salariés de Whirlpool. Son entreprise, WN, devait se lancer notamment dans la production de casiers réfrigérés connectés et la fabrication de chargeurs de batteries pour vélos et voitures. L’Etat avait alors versé 2,5 millions d’euros de subventions et Whirlpool 7,4 millions d’euros. Mais l’entreprise se trouve aujourd’hui dans une impasse de trésorerie, faute de débouchés commerciaux concrets.

Face à une « demande extrêmement forte de transparence des salariés, qui avaient le sentiment qu’une partie de l’argent avait été mal employé », le ministère de l’Economie a ordonné un audit sur les comptes de l’entreprise, qui a été mené entre lundi et mercredi par le cabinet KPMG.

« Sur les 12 millions d’euros de recettes » entre juillet 2017 et juin 2019 (dont environ 2 millions de financements bancaires), la très grande majorité, soit 98,5%, ont été utilisés pour des dépenses dont le lien avec l’activité de l’entreprise a pu être justifié », selon le ministère de l’Economie.

Mais quelque 179.000 euros n’ont pas pu être justifiés « sur la durée très brève de l’audit » et « suscitent des interrogations quant à leur montant et leur lien avec l’intérêt social d’une entreprise en création », poursuit Bercy, évoquant « des avantages en nature pour les dirigeants », comme des logements, voitures, une loge dans un stade de football, « des frais de déplacement » notamment à l’international ou des « frais de représentation ».

En outre, si seulement « 300.000 euros ont été encaissés par l’entreprise sur toute la période » faute de clients, les dirigeants « ont maintenu le niveau de rémunération » de leurs précédents emplois, y compris lorsque l’entreprise est « entrée dans une très grande difficulté financière », précise Bercy.

« Quand une entreprise va mal, il est de la responsabilité du dirigeant de partager l’effort de guerre. Cela n’a pas été vraiment le cas, c’est ce qui me choque », a déclaré à la presse la secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie, Agnès Pannier-Runacher.

Pour David, salarié au sein de WN, « il y a des gros salaires qui sont inexplicables dans une entreprise qui démarre. Certains cadres étaient payés au moins 20.000 euros. C’est scandaleux quand on sait que la plupart des ouvriers, anciens de Whirlpool, ont accepté de baisser leur salaire de 15% », a-t-il déploré.

« Je ne crois pas que l’argent public ait été mal employé », a estimé Mme Pannier-Runacher. « C’est plus une question de symbole et d’attitude, au fond », selon elle.

« L’intégralité de l’audit » sera transmise au procureur de la République d’Amiens, qui « appréciera les éventuelles suites à donner à ces informations ».

Le tribunal de commerce d’Amiens doit examiner vendredi différentes offres de reprise, dont celle de la société Ageco Agencement, qui « concerne 44 salariés » repris dès le 19 août, avec ensuite une « montée en charge progressive » dans l’objectif d’arriver à terme à une centaine de salariés.

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