Alerte, la part des femmes dans l’encadrement recule

La mixité, ce n’est pas parce qu’on en parle beaucoup qu’elle se traduit dans les faits. En comparant les résultats 2015 de l’Observatoire Skema de la féminisation des entreprises, tout juste dévoilés, à ceux de l’année dernière, on constate que la proportion des femmes dans cette catégorie est passée de 30,57% à 29,58%.

 

On n’a jamais autant parlé de l’égalité professionnelle hommes-femmes, ni de l’égalité tout court. Et pourtant, constate l’Observatoire Skema de la féminisation des entreprises, la mixité est loin d’être une réalité. Ce laboratoire animé par Michel Ferrary, analyse l’évolution du pourcentage de femmes dans les effectifs et dans l’encadrement des plus grandes entreprises privées françaises (CAC40 et CAC Next 20) depuis 2008. La cuvée 2015 de ses constats, dévoilés ces jours-ci, fait état de 34,36 % de femmes dans les effectifs et de 29,58 % parmi les managers. Un bon résultat ? Pas si sûr. L’année dernière, l’observatoire, en s’appuyant sur un panel de 52 sociétés de la même prestigieuse catégorie, avait comptabilisé une part féminine de 35,76 % dans l’ensemble des troupes, et 30,57 % si l’on ne tient compte que des encadrants. Il y a donc un reflux.

 

L’équipe de Michel Ferrary note la persistance de la bipolarisation sexuelle des entreprises. Les sociétés du secteur du luxe (toujours LVMH, et L’Oréal, mais plus Kering cette année que Hermès précédemment) laissent davantage de place aux femmes. Elles sont suivies des banques et établissements financiers, assurances comprises : BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole Natixis et Axa se distinguent. De même, le top 10 des entreprises masculines ne bouge pas : Renault, PSA Peugeot Citroën, Michelin et Valeo y figurent en bonne place. Mais il est vrai que certains secteurs comme la métallurgie n’attirent pas particulièrement les candidates, en dépit des efforts méritoires des entreprises pour s’ouvrir aux deux sexes. Ce qui est le cas de Renault comme de PSA.

 

Le statu quo est également de mise dans les groupes qualifiés de machistes et ceux dits amazones. Les premiers comptent moins de managers en jupons que de femmes dans leurs rangs. Chez les derniers, les rapports sont inversés. Dans le premier camp, on trouve Legrand où plus d’un collaborateur sur trois est une collaboratrice, alors que seule une femme sur cinq coiffe la casquette de chef. En revanche, Danone compte pas loin d’une moitié de femmes parmi ses cadres, alors que ces dernières représentent moins d’un tiers de l’ensemble des employés.

 

« Certaines entreprises utilisent leur population de femmes cadres comme un vivier pour féminiser leur comité de direction », souligne Michel Ferrary. Au total sur 52 femmes siégeant parmi 504 membres de comités de direction répertoriés au sein des 45 entreprises observées dans le cadre de l’édition 2015, 16 entreprises n’ont coopté aucune femme dans le saint des saints. 14 y ont fait entrer une seule et unique représentante de « l’autre sexe ». Sodexo reste une exception, en ayant nommé plus de six femmes dans son Codir.

 

Et pourtant, souligne l’Observatoire, il y a une corrélation significative entre niveau de performance et féminisation de l’effectif comme de l’encadrement. « Recruter des femmes et des hommes permet d’élargir la taille du marché du travail et donc d’accroître la probabilité de ressources humaines de meilleure qualité ». Autre avantage parmi de nombreux autres : « la promotion des femmes managers constitue un facteur de motivation pour l’ensemble des femmes de l’entreprise ». En outre, « la diversité est une preuve d’ouverture de l’entreprise à laquelle sont sensibles les parties prenantes : clients, pouvoirs publics, actionnaires et médias ».