Alerte, l’alternance recule, surtout les contrats de professionnalisations

Lors de sa campagne présidentielle, François Hollande avait fait de la jeunesse la priorité de son futur quinquennat. Deux ans après l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement, quel bilan peut-on tirer de l’action gouvernementale pour favoriser l’emploi des jeunes ? Une étude de L’Institut de l’entreprise insiste sur les blocages liés à l’alternance

L’alternance est un outil très efficace d’insertion des jeunes33, avec un taux d’accès à l’emploi à l’issue du contrat de l’ordre de 70%. Les employeurs de jeunes en alternance bénéficient d’aides différenciées selon l’âge et le type de contrat.

A l’image de l’emploi dans son ensemble, les dispositifs de formation en alternance suivent les cycles conjoncturels : principalement destinés aux employeurs des secteurs marchands, ces dispositifs, qui fluctuent toujours en phase avec les embauches dans leur ensemble, traversent donc actuellement une crise. Compte tenu de son efficacités ur l’emploi des jeunes, le fait que l’alternance marque le pas n’est pas sans incidence sur leur qualification, leur insertion dans l’emploi, et en particulier l’emploi durable.

En 2013, 383 916 jeunes ont accédé à un contrat en alternance, (269 622 en apprentissage et 114 294 en contrat de professionnalisation) soit une baisse de 7,5% par rapport à 2012 (414 839 entrées) et de 10,1% en deux ans (427 246 entrées en 2011) Après trois années de hausse, le nombre d’apprentis a donc chuté de 8,2% en 2013, les entrées atteignant soudainement leur plus bas niveau depuis 2005. Il faut souligner combien le secteur de la construction pèse dans cette baisse : 24,6% des 299 000 entrées en apprentissage de 2008 étaient dans ce secteur, tandis qu’elles n’étaient plus que 18,7% des 273 000 entrées en Contrat d’apprentissage recensées en 2013. Au total, sur une baisse totale de 25 600 entrées en Contrat d’apprentissage entre 2008 et 2013, la chute est de 22 400 dans le seul secteur de la construction (87% de la baisse).

Pendant plusieurs années la progression des entrées dans d’autres secteurs, en particulier dans l’industrie et les autres secteurs du tertiaire avait compensé cette baisse, ce qui n’a pas été le cas en 2013. Cette évolution sectorielle pourrait également expliquer l’évolution très marquée des niveaux de diplôme préparés : –49 000 pour les niveaux V (CAP, BEP) et +23 400 pour les niveaux supérieurs entre 2008 et 2013, l’évolution ayant été parfaitement symétrique entre 2008 et 2012 (–35 000 niveaux V, +35 000 pour les niveaux supérieurs). Des données plus fines montrent que les entrées en Contrat d’apprentissage des jeunes sans diplôme baissent de 28 200 personnes en 2013 (sur une baisse totale de 36 300 depuis 2010), les autres niveaux de diplômes à l’entrée en Contrat d’apprentissage n’étant quant à eux pas affectés L’autre dispositif d’alternance, les Contrats de professionnalisation, se replie également : 114 294 contrats signés en faveur des jeunes en 2013, soit –5,6% de moins qu’en 2012 (121 111 entrées) et –16,4% de moins qu’en 2011 (136 786). Cette évolution est semblable pour les jeunes et pour les autres bénéficiaires de Contrats de professionnalisation.

Au‐delà de la situation macroéconomique sur le marché du travail, les données au niveau microéconomique peuvent donner à penser que :

– L’apprentissage s’est globalement bien maintenu malgré la crise, et la baisse des effectifs depuis 2008 est presque entièrement imputable à la chute des recrutements dans le secteur de la construction, quant à lui très fortement touché par la récession dans l’immobilier neuf et la rénovation.

– La création des Emplois d’Avenir, ciblés sur les jeunes les moins diplômés, a coïncidé avec une très forte chute des entrées en apprentissage du public concerné, chute qui n’a pas été observé pour les niveaux de diplôme supérieurs, y compris ceux éligibles aux Emplois d’Avenir. On ne peut donc exclure que malgré le succès inférieur aux attentes des Emplois d’Avenir, ceux‐ci aient créé un effet d’éviction sur les Contrats d’apprentissage; cet effet serait également cohérent avec le succès relatif rencontré par les Emplois d’Avenir auprès des employeurs des secteurs marchands.

– En revanche, la séquence de diminution des Contrats de Professionnalisation depuis plusieurs années ne coïncide pas avec la montée en charge des Emplois d’Avenir. Les données disponibles ne suggèrent donc pas d’éviction entre ces deux dispositifs.- Les nombreux changements réglementaires en matière de contrats aidés, l’apparition de nouveaux dispositifs, les perspectives incertaines qui ont un temps affecté. le financement de l’apprentissage, ont pu créer un contexte où l’incertitude réglementaire ajoutée à l’incertitude économique aurait pu affecter les anticipations d’embauches, en particulier dans les TPE, acteur très important du marché de l’apprentissage. L’objectif fixé par le gouvernement à la fin de 2013 est désormais de passer « de435 000 apprentis en 2012 à 500 000 en 2017 »34. Cet objectif s’appuie sur les nouvelles dispositions législatives qui principalement :

– Fusionnent les deux contributions servant à financer l’apprentissage en une seule, dont une partie sera réservée aux régions ;- Simplifient la collecte des ressources ;

– Recentrent les fonds sur les apprentis à faible qualification, qui représentent le plus gros volume d’apprentis ;- Préservent la stabilité des aides aux entreprises de moins de 10 salariés. Cette réforme s’inscrit néanmoins dans un contexte de restrictions budgétaires, les travaux de la « Modernisation de l’Action Publique » (MAP) ayant débouché sur une réduction des crédits de 550 millions d’euros qui a ramené les aides publiques à l’apprentissage à environ 2,3 milliards d’euros (environ –20%). Mais seuls 62% des financements collectés pour l’apprentissage bénéficient effectivement à ce dispositif (1,2 milliard d’euros) : le rééquilibrage des ressources vers les centres de formation des apprentis (CFA), une meilleure dotation des CFA interprofessionnels, ainsi qu’une transparence accrue de la répartition de la taxe d’apprentissage, contribueraient à une efficience accrue des ressources disponibles.