Derrière de sages conseils, l’OCDE taille en pièces la politique de l’emploi de la France

Un rapport de l’organisation dresse un bilan très critique des politiques de l’emploi en France. Le niveau du smic est trop élevé. Les exonérations de charges sociales sur les bas salaires sont à moitié inefficaces, les chômeurs sont insuffisamment contrôlés, le contrat de sécurisation professionnelle encourage l’inaction.

 

Le premier problème de la France, c’est la remontée du nombre de jeunes sans-emploi. Après six trimestres consécutifs de baisse , la situation s’est détériorée en 2014. dans cette tranche d’âge, une personne sur quatre est maintenant en quête d’une activité rémunérée. Une tendance qui va à l’encontre de celle observée dans les États voisins. Les conséquences pourraient être plus graves qu’on le pense, soulignent les économistes de l’OCDE, car les dis premières années de travail sont essentielles pour construire les perspectives de carrière à long terme. « Avec un taux de chômage élevé chez les jeunes, la France prend le risque de compromettre l’avenir de ses jeunes générations », préviennent-ils.

 

 

L’organisation se penche également sur l’impact du salaire minimum. La France étant un des 26 pays de l’OCDE (sur 34) à en être dotée. Un salaire minimum « permet de soutenir les salaires au bas de l’échelle salariale et de prévenir les situations de pauvreté pour les personnes en emploi et leur famille », admettent les experts. Mais ils précisent que « l’efficacité de ces politiques dépend du niveau du salaire minimum qui, trop élevé, peut conduire à des pertes d’emplois, et du montant restant après impôts et prestations aux travailleurs rémunérés au salaire minimum ». Or, le SMIC made in France s’élève à 62.8 % du salaire médian, contre moins de 50 % au sein de la zone OCDE. Un seuil auquel s’est conformée l’Allemagne, dernier pays à avoir introduit le principe d’une rémunération interprofessionnelle plancher.

 

 

Les pouvoirs publics français tentent de contourner la difficulté. Ils ont mis en place depuis longtemps des réductions importantes de cotisations sociales employeurs sur les bas salaires. En conséquence, le coût minimum du travail pour les employeurs est proche de la moyenne de l’Union européenne. Les cotisations sociales sont ainsi bien en dessous de la moyenne. Ces mesures se sont révélées efficaces pour améliorer les perspectives d’emploi des travailleurs peu qualifiés, mais elles sont très coûteuses et ne sont pas exemptes d’effets d’aubaine puisque les exonérations s’appliquent à tous les emplois faiblement rémunérés, y compris les emplois qui auraient été maintenus ou créés de toute façon (c’est-à-dire sans les exonérations).

 

Le conseil de l’OCDE : des prestations liées à l’exercice d’une activité, ciblées sur les ménages les plus défavorisés, peuvent constituer un complément efficace à un plancher salarial modéré, tout en renforçant l’efficacité de la lutte contre la pauvreté au travail. « La prime d’activité, qui sera mise en œuvre en janvier 2016, constitue une simplification et une amélioration du dispositif actuel reposant sur le RSA activité et la prime pour l’emploi »

 

Un autre volet de l’analyse consacrée à l’économie française touche à la politique d’activation du marché du travail. Premier constat : la France réalise un effort financier important en faveur des prestations de chômage, en y consacrant 1.41 % de son PIB en 2012 (par rapport à 0.92 % en moyenne dans l’OCDE), et 0.87 % dans les politiques actives (0.55 % en moyenne dans l’OCDE). Toutefois, dixit l’organisation, « un système d’allocations aussi généreux que celui de la France ne peut être durable que si les chômeurs reçoivent les incitations et le soutien dont ils ont besoin pour les aider à retrouver rapidement un emploi et si leur recherche d’emploi est convenablement contrôlée ». Ce ne serait pas le cas.

 

« En France, est-il écrit dans le document, le système de suivi de la recherche d’emploi et de sanctions (appliquées en cas de non-respect des exigences) devrait être renforcé. Tout d’abord, l’échelle des sanctions est inadaptée, les sanctions les plus légères étant appliquées pour les manquements les plus graves (insuffisance de la recherche d’emploi, refus d’offre d’emploi), par ailleurs, poursuivent les analystes, l’application de sanctions pour insuffisance de recherche d’emploi est très difficile en France, ce qui décrédibilise le système de contrôles/ sanctions. Enfin, la lourde charge de travail des conseillers du service de l’emploi ne leur laisse que rarement le temps de suivre correctement les efforts de recherche d’emploi des chômeurs. Pôle emploi a récemment alloué des conseillers spécifiques à ce contrôle, une mesure qui va dans la bonne direction, mais nécessite d’être soigneusement évaluée.

 

 

Last but not least, le contrat de sécurisation professionnelle (CSP) est vertement critiqué : “il peut décourager les transitions rapides vers l’emploi. L’équilibre entre la protection des chômeurs et les incitations à leur retour à l’emploi est crucial pour qu’une stratégie d’activation soit efficace”.