Y aura-t-il une entreprise « post-covid » ? Tribune de Bettina Laville et Pierre Victoria (Comité 21) et Agnès Rambaud-Paquin (Des Enjeux et Des Hommes)

Y aura-t-il une entreprise « post-covid » ? Sûrement, car la crise sanitaire a accéléré la digitalisation des processus, profondément modifié la fonction de DRH, sensibilisé dirigeants et salariés à la vulnérabilité, réinterrogé les places respectives de la vie privée et du travail ; les évènements climatiques de l’été interpellent aussi sur l’adaptation des bâtiments industriels et de l’approvisionnement aux contraintes nouvelles qui s’imposent à tous, la hausse du prix de l’énergie et la raréfaction de certaines matières premières forment un environnement nouveau pour l’activité des industries et services.

 

Ces différents chocs, l’entreprise ne peut les absorber avec ses organes classiques. En effet, en particulier depuis l’adoption de la loi Pacte, l’entreprise est plus que jamais actrice de la société́ et concernée par ses exigences, ses revendications, ses aspirations, ses transformations. Il ne suffit pas que dirigeants, salariés, syndicats soient aux manettes, il faut aussi qu’ils tiennent compte de l’ensemble des évolutions sociétales, civilisationnelles même qui les impactent, les bousculent ; d’autant que de nouveaux cadres réglementaires européens vont structurer les informations sociales et environnementales que devront livrer de plus en plus d’entreprises. C’est dans le vivier des parties prenantes internes et externes de l’entreprise que vont se jouer les solutions et les médiations.

 

Le Comité 21 avait déjà publié en 2015 un guide méthodologique pour un dialogue constructif avec les parties prenantes de l’entreprise1. Il propose aujourd’hui – avec la contribution du cabinet Des Enjeux et des Hommes – 18 directions nouvelles à ce « dialogue » aujourd’hui clé. Ce guide a été précédé d’un benchmark international des pratiques de dialogue avec les parties prenantes de 300 entreprises2, une étude « Dialoguer avec ses parties prenantes pour améliorer sa résilience : où en sont les entreprises françaises ? »3. Tout le sens de ce travail est de favoriser le dialogue sociétal que l’entreprise doit mener avec ses parties prenantes « impactantes » et « impactées ».

 

Car l’entreprise ne choisit pas toujours ses parties prenantes. Qui de plus en plus s’imposeront à elles, au gré des risques de plus en plus nombreux, et de la rapidité des aspirations sociétales ; cette rapidité imposée doit être articulée avec un temps suffisant laissé au dialogue entre les partes prenantes, ce qui est la meilleure prévention contre la précipitation toujours néfaste. La démocratie d’entreprise a besoin de temps, comme la démocratie citoyenne.

 

Ces propositions s’adressent autant aux nouvelles sociétés à mission qu’à celles qui voudraient s’y engager, et contribueront à construire une économie nouvelle, fondée plus sur la recherche de prospérité partagée que sur la seule croissance.

 

Par :
Bettina Laville, présidente et co-fondatrice du Comité 21

Pierre Victoria, vice-président du Comité 21, ancien directeur du développement durable de Veolia

Agnès Rambaud-Paquin, vice-présidente exécutive de Des Enjeux et Des Hommes