Dopage en milieu professionnel : un livre enfonce les idées reçues

Oubliez le jugement moral sur le dopage au travail. Le livre que publient le politiste et sociologue Renaud Crespin, chargé de recherche CNRS, avec Dominique Lhuilier professeure au CNAM, et l’ergonome Gladys Lutz, dépasse le cadre convenu de la répression. Sous l’effet des transformations du travail, de son intensification, de l’individualisation, et de la précarisation, il est devenu banal de s’aider de substances psychoactives « pour être en forme au bureau, traiter des symptômes gênants ou encore pour se détendre après une journée difficile ». Cela va de la simple cigarette et de la caféine ou de l’alcool jusqu’à la cocaïne, en passant par les amphétamines, le cannabis, l’héroïne et divers psychostimulants, analgésiques et autres médicaments psychotropes. Il est de bon ton de pourfendre ces usages, en multipliant les tests de dépistage, en menaçant de sanctions  et en imposant des soins aux consommateurs incriminés.

Loin des sentiers battus, cet ouvrage collectif paru aux éditions Eres sous le titre « Se doper pour travailler », rompt avec la tendance à assimiler automatiquement usage et conduite addictive qui sont deux notions distinctes. Les auteurs n’ont pas peur de remettre en cause bon nombre d’idées reçues, telles que « ces consommations sont risquées pour la santé et la sécurité », « elles nuisent à la production ». Ils exposent les méfaits de l’organisation productiviste du travail, les risques que portent les nouvelles technologies déployées sans encadrement. Il abordent aussi le lien entre travail et maladies chroniques, souvent éludé. Les substances décriées peuvent même prévenir d’autres risques au travail, et  evenir, dans certaines conditions, des instruments de la production exposent les auteurs.