Industries pharmaceutiques : la timide reprise de l’emploi reste à confirmer

Les premières estimations indiquent que l’emploi dans le secteur pharmaceutique a connu une légère croissance des effectifs de l’ordre de 0,2 % en 2016. Du jamais vu depuis 2007.

Prudentes, les entreprises du médicament (Leem), organisation qui fédère les industries pharmaceutiques, n’osent pas encore parler de retournement de tendance. Mais pour la première fois depuis dix ans, on note une stabilisation des effectifs de l’industrie pharmaceutique en France. Avec 98 690 collaborateurs recensés à fin 2015 (dernières statistiques disponibles), l’emploi du secteur ne baisse plus que de 0,1 % par rapport à 2014, à contre-courant de la décroissance observée dans l’ensemble de l’industrie manufacturière (- 1,0 %).

 

Environ 45 % des entreprises du secteur enregistrent une progression de leurs effectifs en 2015, soit dix points de plus que l’année précédente. L’enquête Emploi du Leem révèle toutefois des situations contrastées en fonction des familles de métiers. La production, la filière la plus importante avec 44 % des effectifs (43 666 personnes), est en augmentation de 2,3 % sur un an. En revanche, les effectifs de commercialisation-diffusion qui comptent pour un quart de l’emploi total, soit 24 682 personnes, chutent de -4,2 %. Le secteur génère par ailleurs 197 500 emplois indirects: salariés des PME de biotechnologie santé, collaborateurs de l’industrie des principes actifs à usage pharmaceutique ou de structures privées de R&D.

 

Les employeurs insistent sur leurs initiatives en matière d’anticipation et de transformation des métiers. Initiée en 2004, la vaste réforme des métiers de la visite médicale a ainsi conduit à la suppression de 11 500 emplois entre 2004 et 2015. Par ailleurs, en novembre 2016, afin de se prémunir contre une nouvelle dégradation des effectifs du secteur, le Leem a conclu avec quatre organisations syndicales (la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC et l’UNSA) un nouvel accord collectif sur le contrat de génération qui comprend plusieurs engagements significatifs en faveur du recrutement des jeunes et des seniors. Le Leem et les partenaires sociaux se sont ainsi engagés à augmenter progressivement la part des jeunes de moins de 30 ans dans les recrutements à hauteur de 30 % et celle des seniors (50 ans et plus) à hauteur de 10 % d’ici trois ans. Cet accord engage également le Leem à conclure, d’ici fin 2022, au moins 5000 contrats d’apprentissage ou de professionnalisation par an. C’est bien parti, 2617 contrats ont été conclus en 2015.  Dans un secteur où la moyenne d’âge est de 43,5 ans, cet accord vise à inciter les entreprises du médicament à insérer durablement les jeunes dans la vie active, et à maintenir dans l’emploi, notamment via l’accès à la formation, les salariés de 50 ans et plus. En 2015, les seniors représentaient 29,3 % des effectifs contre 27, 1 % en 2014.

 

Malgré les efforts entrepris pour redresser la barre des emplois, les signes de décrochage demeurent bien réels. En 2016, 13 PSE ont été annoncés, soit 7 de moins qu’en 2015, mais avec un impact plus conséquent sur les effectifs (1715 postes impactés en 2016 contre 1560 postes en 2015). « Dans un environnement économique marqué par des mécanismes de régulation particulièrement contraignants, il est de plus en plus difficile pour nos entreprises de poursuivre la nécessaire transition de leur modèle économique, scientifique et industriel, tout en préservant leurs effectifs », alerte Michel Ginestet, président de la commission des affaires sociales du Leem. Il y a urgence à mettre en œuvre des mesures sur la régulation, l’accès et la fiscalité qui permettent de maintenir une activité de premier plan en France et de développer l’emploi. ».

 

Un deuxième sujet d’inquiétude concerne la perte d’attractivité industrielle de la France qui se traduit par des difficultés à capter les productions d’avenir (bioproduction…) et par un transfert des activités de R&D vers des pays plus attractifs, notamment en termes d’accès au marché.