« Les entreprises étrangères du SBF 120 n’ont aucune obligation de respecter la loi Copé-Zimmermann »

Professeur et expert des questions liées à la diversité des entreprises, fondateur et directeur de l’Observatoire de la féminisation des entreprises au sein de Skema Business School, Michel Ferrary * réagit à l’opération name and shame visant les entreprises du SBF 120, conduite le 12 septembre par Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes.

 

Les entreprises épinglées pour leur politique d’égalité professionnelle peuvent-elles invoquer des circonstances atténuantes ?

 Si la féminisation des entreprises est une question complexe, la diversité dépend aussi des choix de formation des hommes et des femmes ainsi que de leurs choix professionnels. Parmi les entreprises citées par Marlène Schiappa, ce sont pour l’essentiel des entreprises industrielles qui emploient majoritairement des ingénieurs. Or leur diplôme d’ingénieur en poche, les jeunes femmes ne veulent pas nécessairement aller travailler dans des entreprises de l’industrie lourde comme ArcelorMittal ou Lafarge.  Les entreprises du SBF 120 sont pour la grande majorité françaises et doivent respecter la loi Copé-Zimmermann en matière de quotas de femmes dans les conseils d’administration. Or Nokia, ArcelorMittal, LafargeHolcim ou STMicroelectronics qui étaient convoquées hier ne sont pas de nationalité française. Elles n’ont donc aucune obligation de respecter la loi Copé-Zimmermann.

 

Le gouvernement ne peut donc rien faire face à cette situation ?

Il y a cependant sur le sujet de la diversité des marges de manœuvre que le Gouvernement peut trouver : inciter les femmes à choisir davantage les études d’ingénieur, notamment augmenter les effectifs d’étudiantes des meilleures grandes écoles publiques. On le sait, la population féminine n’y a que très peu évolué depuis 30 ans. Il faudrait aussi regarder de plus près les entreprises qui emploient beaucoup de femmes dans leur encadrement et très peu dans leur comité de direction. Dans ce cas, on peut parler d’un plafond de verre contre lequel l’entreprise ne fait pas grand-chose. C’est précisément ce sur quoi j’insiste dans le cadre de l’Observatoire Skema de la féminisation des entreprises .

 

* Michel Ferrary est l’auteur de plusieurs études qui ont connu un large écho : « CAC 40 : les entreprises féminisées résistent-elles mieux à la crise ? (2008) ; “Les femmes influencent-elles les performances des entreprises ?” (2009). Des études qui ont abouti en 2013 à la création du “Femina Index”, critère d’investissement basé sur le pourcentage de femmes dans l’encadrement de l’entreprise. Depuis 2008, l’Observatoire Skema de la féminisation des entreprises analyse chaque année l’évolution du pourcentage de femmes dans les effectifs et l’encadrement des 62 plus grandes entreprises privées françaises (CAC40 + CAC Next 20). L’étude est basée sur les données des rapports annuels