Louis Schweitzer, président d’Initiative France : « Nous espérons que le nouvel exécutif s’attachera à créer un environnement favorable sur tous les territoires »

Initiative France, premier réseau associatif  de financement et d’accompagnement à la création d’entreprises, vient de boucler une année record, avec 44 155 emplois créés ou préservés en 2016. Cela représente 4 % d’entreprises soutenues et 8 % d’emplois créés de plus que précédemment. Le président du réseau, Louis Schweitzer, explique les ressorts de cette réussite et les pistes de développement. Impressionnant.

 

Le changement de gouvernement semble favorable aux initiatives entrepreneuriales. Dans quelle mesure Initiative France peut-elle contribuer à transformer l’engouement en augmentation du nombre de projets réalisés ?

C’est l’objet même d’Initiative France que de permettre à tous ceux qui ont envie d’entreprendre, de passer à l’acte et de le faire dans de bonnes conditions. Les 223 plateformes Initiative France accompagnent les personnes qui ont un projet pour finaliser leur plan d’affaires et de financement puis elles apportent un prêt d’honneur qui renforce les fonds propres de ceux qui en manquent. Ce double service leur permet de convaincre plus facilement une banque pour obtenir un emprunt bancaire et créer une relation solide avec leur banquier. En 2016, 20 000 personnes ont obtenu un financement Initiative France et ont créé 16700 entreprises.

 

 Les résultats d’Initiative France sont incontestables. On connaît moins les mesures que vous prenez pour réduire la proportion d’échecs, même si celle-ci reste inférieure au ratio moyen national.

La pérennité à 3 ans des entreprises créées ou reprises avec le soutien d’Initiative France est de 70% .Le risque d’échec est donc divisé par 3 lorsqu’Initiative France intervient. C’est le modèle, pensé dès l’origine, il y a plus de 30 ans, qui associe une préparation solide, un financement adapté et un accompagnement fait par des entrepreneurs expérimentés du territoire et par nos permanents qui permet ces résultats. Nous les aidons à bien estimer leur besoin financier et nous leur apportons un réseau local, et un appui adapté en cas de difficultés.

 

Quels nouveaux dispositifs et quels changements proposeriez-vous au nouvel exécutif et aux législateurs dans le domaine de la création d’entreprise par les chômeurs et les personnes en difficulté ?

L’Etat dans le cadre de la loi Notre a transmis à compter de 2017, la responsabilité de l’accompagnement des chômeurs qui souhaitent entreprendre aux Régions en décentralisant les crédits d’accompagnement NACRE, dispositif inspiré par l’activité d’Initiative France et structuré en 2009. Certaines régions s’en sont saisies mais pas toutes et ces ressources manquent déjà.

 

Nous n’attendons pas un nouveau dispositif, mais les réseaux comme le nôtre ont démontré leur efficacité il faut les renforcer. Nous espérons que le nouvel exécutif s’attachera à créer un environnement favorable sur tous les territoires pour faciliter le développement de notre activité qui a permis en 2016 à 12 000 demandeurs d’emplois, dont 4000 sans travail depuis plus d’un an, de créer ou reprendre une entreprise, en leur offrant une perspective de pérennité de 90% à 3 ans.

 

Nous pensons aussi qu’il serait très utile d’encourager l’accompagnement et le financement de la première croissance des très petites entreprises. En 2016 nous avons soutenu plus de 1000 entrepreneurs dont l’entreprise avait entre 2 et 7 ans, cela a permis la création de 2000 emplois nouveaux et la consolidation de 3000 autres. Avec un coût de revient total de 1300 € par emploi créé en 2016, l’activité d’Initiative France présente un ratio d’efficacité exceptionnel, pour un volume très important puisque globalement en 2016, les entrepreneurs soutenus par Initiative France ont créé ou sauvegardé 44100 emplois dont 30500 étaient des créations. L’Etat avec l’Agence France Entrepreneur souhaite stimuler, orienter et coordonner l’action des réseaux. L’Etat pourrait renforcer l’AFE pour soutenir plus significativement les réseaux sur la base de contrats d’objectif et d’impact.

 

 Ce n’est pas l’optique aujourd’hui, mais est-il envisageable que vous interveniez dans les plans sociaux, comme le font d’autres structures d’accompagnement ?

Aujourd’hui nous intervenons dans les plans de revitalisation, avec des résultats probants. Le réseau dispose d’un savoir-faire reconnu en ce domaine dans certains territoires et celui-ci pourrait avec l’appui de l’Etat être diffusé sur l’ensemble du pays et il serait intelligent que ces réussites soient dupliquées dans le cadre de plans sociaux.

 

 Le succès d’Initiative France ne résulte-t-il pas de l’échec du système de financement bancaire et des structures officielles d’encadrement des créateurs d’entreprise ?

Non absolument pas. Nous ne remplaçons pas les banques, nous les aidons à soutenir les nouveaux entrepreneurs et les banques financent volontiers les entrepreneurs que nous accompagnons. 94% des entrepreneurs qui obtiennent un prêt d’honneur Initiative obtiennent un emprunt bancaire, et pour 1 € de prêt Initiative la banque prête 8 €.

Les plateformes Initiative France réunissent et rapprochent chacune sur son territoire, différents acteurs dont les structures d’appui classiques pour apporter un service très concret aux entrepreneurs. L’esprit initiative c’est créer de la solidarité locale pour faire réussir les projets des entrepreneurs.

 

Quel est le degré de présence d’Initiative France dans les jeunes entreprises du secteur numérique ?

En 2016, le réseau Initiative a soutenu 1126 entrepreneurs qui ont créé 680 entreprises innovantes par des changements de mode de production ou de consommation, le plus souvent liés à l’évolution numérique. D’autres entreprises soutenues par Initiative France font également appel aux fonctionnalités du numérique.

 

Accompagner les créateurs, c’est un métier. Comment voyez-vous la professionnalisation de cette activité, à commencer par la formation de vos propres intervenants ?

En effet, c’est un métier que les 223 plateformes avec leurs 16020 bénévoles et 950 permanents exercent avec professionnalisme, lié à la fois à leur expérience professionnelle propre et à leur pratique au sein du réseau. Des programmes de formation sont mis en place au niveau national et régional, des MOOC sont créés et diffusés. Les possibilités offertes aujourd’hui par le numérique nous ouvrent de nouvelles pistes pour développer les échanges et le partage, nous allons nous en servir.