La vérité sur le rapport franco-allemand sur les pistes de réformes

Sur une cinquantaine de pages, le rapport des économistes Jean Pisani-Ferry (France) et Henrik Enderlein (Allemagne) qui fait couler beaucoup d’encre, en consacre moins de deux au marché du travail. Voici précisément, ce qui y est écrit. Pour la clarté du débat.

 

Convergence des politiques du marché du travail

« Au-delà du défi spécifique du salaire minimum, la France et l’Allemagne doivent travailler à la convergence dans les politiques du marché du travail. Il y aurait au moins cinq domaines clés, où des règles et pratiques communes pourraient être élaborées conjointement à moyen terme :

– Amélioration pour les secteurs à bas salaires. Les deux pays sont confrontés à des problèmes très similaires concernant : les avantages fiscaux et les contributions de sécurité sociale sur les bas salaires à préserver aussi basses que possible ; les niveaux d’allocations pour ces catégories, à maintenir pour éviter la précarité à la retraite et au chômage ; les incitations fortes à accepter des emplois faiblement rémunérés, à conserver absolument. En Allemagne, un problème important est l’absence de progressivité des contributions de sécurité sociale sur les emplois les moins rémunérés. En France, les cotisations de sécurité sociale payées par les employeurs, à taux réduits, sont coûteuses mais leurs effets sur l’emploi sont positifs. Trouver une approche convergente dans les deux pays devrait être un objectif à moyen terme.

– Politiques actives du marché du travail. Fournir une formation professionnelle adéquate est un défi majeur pour les agences de travail françaises et allemandes dans un contexte d’évolution rapide des profils d’emploi. Nous recommandons de développer et de mettre en place une stratégie convergente commune.

– La Formation professionnelle est souvent mentionnée comme un élément clé du succès actuel de l’économie allemande. Bien que nous ne pensions pas que le modèle allemand puisse être facilement exporté, nous estimons que d’importantes leçons peuvent être tirées de la manière dont il combine enseignement et formation. De la même manière, l’Allemagne peut certainement s’inspirer de la France sur l’augmentation de l’accès à l’enseignement supérieur des jeunes, ce qui rend son système plus perméable (« Durchlässigkeit »). Comme indiqué ci-dessus, la France devrait se réformer davantage pour améliorer la qualité et l’accès à la formation. Dans un deuxième temps, la France et l’Allemagne devront élaborer une approche convergente sur la transition entre l’école, la formation, et l’entrée dans la vie active.

Convergence des politiques de retraite

La France et l’Allemagne ont vécu tous les deux des débats politiques intenses sur l’adaptation de l’âge de départ à la retraite à la hausse de l’espérance de vie, tout en respectant les engagements politiques passés et en tenant compte des préoccupations financières ainsi que de justice intergénérationnelle.
Les débats dans les deux pays sont similaires en ce sens qu’ils se concentrent souvent sur des chiffres précis d’âge de départ à la retraite et ont donc tendance à trop simplifier une réalité sociale complexe. De fait, la retraite dans les deux pays est basée sur une interaction complexe entre l’âge minimum de départ à la retraite et le nombre d’années de cotisations accumulées. Il y a également une persistance de régimes spécifiques à certains secteurs qui sont un obstacle à la mobilité interprofessionnelle.

Nous pensons que les deux pays devraient s’efforcer de simplifier considérablement leurs politiques de retraite à moyen terme et s’entendre sur une stratégie commune à cet égard ».