L’entreprise idéale, dessinée par un patron atypique

Jacques Benoit, chef d’entreprise atypique qui se faisait noter par ses propres salariés, publie aux éditions EMS un petit livre qui déroule « cinq propositions pour réformer l’entreprise ». Ça décoiffe : faire élire les PDG par les employés, donner le droit de veto aux salariés sur les décisions stratégiques, faire noter les cadres par leurs équipes, rendre obligatoire l’adhésion à un syndicat.

 

La première recommandation de Jacques Benoit n’amusera pas les patrons du CAC40. Il préconise de « faire élire les PDG par les actionnaires et les salariés ». Il s’appuie sur sa propre expérience. Jacques Benoit, créateur en 1970 de la société éponyme, spécialisée dans le conditionnement de graines salées et fruits secs (160 employés) se faisait noter et élire par ses salariés, à bulletin secret sur la base de 11 critères . Il était reconduit à condition d’obtenir la moyenne de 5 sur 10 sur l’ensemble des indicateurs définis. Et ce n’était pas du pipeau, puisqu’il a raté la marche en 1995, pour cause de résultats médiocres, sanctionnés par des licenciements.

 

Dans l’entreprise rêvée de Jacques Benoit, les cadres aussi seraient notées par les membres de leurs équipes. L’arme absolue contre les risques psychosociaux, et le levier le plus sûr pour favoriser la reconnaissance des travailleurs

Une autre préconisation qui devrait plaire aux organisations syndicales : l’adhésion obligatoire de tous les salariés à un syndicat. La seule façon, selon lui, de renforcer leur assise et de dynamiser le dialogue social tant au niveau des entreprises qu’à l’échelle interprofessionnelle. Le patron atypique trouve plusieurs avantages à une telle démarche. D’abord, les cotisations baisseraient mécaniquement. Plus personne ne serait stigmatisé pour ses activités militantes ou sa simple appartenance à un syndicat. En outre, les recrutements massifs favoriseraient le réformisme au détriment des postures radicales souvent dictées par un souci de démarcation. Enfin, cette mesure aurait la vertu de responsabiliser tous les salariés et de donner plus de poids aux accords signés au sein des entreprises.

Jacques Benoît va jusqu’à suggérer un « droit de veto » des salariés sur les décisions stratégiques de l’entreprise. Par exemple, les délocalisations, les restructurations, surtout lorsqu’elles sont assorties de licenciements économiques, mais aussi la rémunération des dirigeants. Et tout cela dans la transparence.