Les MOOCs : révolution ou désillusion ?

Un rapport de l’Institut de l’entreprise, piloté par Lucien Rapp ,professeur à la Faculté de droit de l’Université de Toulouse-Capitole, et Professeur affilié à HEC, Pari fait la part des choses, tout en faisant des propositions concrètes afin d’exploiter au mieux le potentiel de cette nouvelle approche technologique du savoir-transmettre.

Annoncés avec fracas en 2012, les MOOCs portaient en eux les germes d’une triple révolution : technologique, économique et pédagogique. Deux ans après, il convient d’aborder ce phénomène avec davantage de recul. Ainsi trois mythes engendrés par l’arrivée des MOOCs méritent d’être remis en cause .

Primo : l’Université virtuelle : contrairement à ce qui a pu être craint ou espéré, les MOOCs ne devraient pas se substituer totalement à l’enseignement « présentiel ».

Secundo : la démocratisation de l’accès au savoir : si en théorie l’ouverture des MOOCs rend ce dernier accessible à tous, elle n’abolit pas pour autant la nécessaire motivation pour assimiler ce dernier – elle la renforce même.

Tertio : l’explosion rêvée des gains de productivité pour les universités : conséquence des deux premiers points évoqués, ces gains devraient être modestes.

 

Pour L’Institut de l’Entreprise, se débarrasser de ces trois mythes ne signifie pas s’opposer au développement des MOOCs. « Incontestablement, ces derniers répondent à une double demande, sans concurrencer l’enseignement donné en présentiel, celle d’une plus grande professionnalisation et personnalisation des cursus. C’est pourquoi l’auteur associe le développement futur des MOOCs à la convergence de l’innovation technologique et de ces attentes sociales ». L’institut fait d’ailleurs des propositions concrètes sur cinq axes.

– Axe n°1 : Prendre de l’avance en misant sur l’Europe

Le système d’enseignement supérieur européen reste encore une référence, mais nos établissements agissent en ordre dispersé, le plus souvent dans la division et parfois même dans l’affrontement. Cet attentisme menace l’Europe et pourrait la rendre vulnérable vis-à-vis des innovations technologiques venues des États-Unis en la matière. Pour ce faire, il conviendrait de favoriser une solution européenne en coordonnant à ce niveau les initiatives des établissements nationaux désireux de constituer entre eux des consortiums européens pour mettre en oeuvre desMOOCs. Ces consortiums utiliseront les moyens techniques de plateformes d’initiative communautaire construites en partenariat avec l’industrie européenne.

– Axe n°2 : Prendre acte du changement de perspective qu’ouvrent les MOOCs:

le temps passé à étudier compte moins désormais que l’acquisition effective de connaissances et de compétences. Cela suppose selon le rapport, d’élaborer des parcours d’insertion ou de réinsertion dans l’entreprise moins linéaires (temps partiel, apprentissage). Et pour les entreprises, de réaliser qu’elles peuvent être des lieux de production de savoirs ou de savoir-faire.

– Axe n°3 : Face au coût de la « numérisation » de l’enseignement,

Il s’agit dans ce cadre, de s’interroger sur les conséquences en termes de droits d’inscription. La « numérisation » de l’enseignement a un coût que seuls des établissements prestigieux s’appuyant sur des fondations pléthoriques peuvent supporter. Ce coût pourrait se révéler en France rapidement incompatible avec les capacités financières très limitées d’établissements dépourvus de ressources propres. La solution ? Augmenter le montant des droits d’inscription et les conditions financières d’accès à l’enseignement supérieur.

– Axe n°4 : Accorder des crédits aux étudiants suivant des MOOCs.

Le développement de MOOCs en France implique un encadrement juridique spécifique. Un tel encadrement pourrait s’inspirer de la loi votée en 2013 (mais non appliquée à ce jour) par l’Etat de Californie, imposant que les universités soient tenues d’accorder des crédits aux étudiants suivant certains cours en ligne. Le rapport préconise de mettre en place une expérience nationale d’attribution de crédits, limitée à un certain nombre de cursus pour lesquels la demande est forte, tels que la première année de médecine ou les IUT.

– Axe n°5 : Trouver une alternative européenne au classement de Shanghai

Ce classement aurait tendance à qui survaloriser les activités de recherche au détriment de l’enseignement. Donc, si la généralisation des MOOCs advenait, il faudra soutenir les projets de classements alternatifs conduits par l’Union Européenne et obtenir qu’ils prennent davantage en compte l’offre numérique de chaque établissement.