L’état d’esprit des salariés français en 2019, radiographié par l’ Observatoire Kantar

Kantar – Division Insights – publie l’édition 2019 de l’Observatoire des salariés qui ausculte le monde au travail. Sa vocation est d’apporter aux dirigeants d’entreprises et aux responsables RH une meilleure compréhension du climat psychologique et managérial et de benchmarker leurs baromètres internes. Voici les tendances qui émergent.

 

1-Le rapport au travail

Les salariés français davantage en quête de sens dans leur travail

Au début des années 2010, les représentations du travail (plaisir, contrainte, routine, vocation, contact humain…) avaient tendance à se dégrader. Cinq ans plus tard, des tendances différentes se dessinent laissant place à plus de volonté à apporter du sens à son travail dans un environnement qui se durcit. Ainsi « être utile à la société » est l’évocation au travail qui progresse le plus (25 %, +6 pts) chez les salariés tandis que le contact humain en recul continu (39 %, -6 pts et surtout -17 pts vs. 2007) se fait moins spontané. L’évocation de la sécurité (18 %, -6) et de la richesse (10 %, -5) lorsque l’on pense au travail sont aussi en recul. Enfin, si l’évocation la plus fédératrice reste « gagne pain » (56 %), cette dernière est également en repli (-4).

 

 Satisfaction au travail : des Français toujours impliqués et épanouis.

Lorsque l’on demande aux Français s’ils sont satisfaits de leur travail, la plupart des indicateurs restent stables depuis 5 ans avec des taux de satisfaction importants, qu’il s’agisse de leur intérêt au travail (79 %), de l’ambiance (76 %), de la charge de travail (72 %), des conditions de travail (70 %), de l’épanouissement dans leur travail (66 %) du niveau de stress (69 %) ou de l’optimisme sur leur avenir personnel (63 %).  L’observatoire laisse toutefois apparaître un léger recul sur la satisfaction dans l’équilibre vie privée/vie professionnelles (-3pts) qui remporte malgré tout 75 % de réponses positives, de même que 40 % (VS 37 % en 2014) restent en désaccord avec ce que l’on leur demande de faire.

 

Management, reconnaissance et développement personnel : trois thèmes en hausse

L’étude révèle des progrès sur la satisfaction des salariés plus spécifiquement en matière de management : l’organisation du travail gagne 5 pts avec 71 %, de salariés satisfaits et 65 % considèrent qu’ils ont un bon manager direct (+4 pts) ; de reconnaissance : 54 % des salariés sont satisfaits de leur rémunération (+ 8pts) et de la reconnaissance qui leur est accordée (+4pts) ; de développement personnel : 63 % des salariés (+3pts) sont satisfaits du développement de leurs aptitudes et compétences et 46 % (+7pts) des possibilités d’évolution qui leurs sont offertes.

 

 L’investissement au travail repart à la hausse, les moins de 30 ans sont les plus prêts à faire des sacrifices.

Contrairement aux idées reçues d’une baisse continue sur l’investissement au travail due à l’arrivée progressive des millénials, en 2019 l’étude dénombre 39 % de salariés français prêts à faire des sacrifices pour réussir leur vie professionnelle, soit 3 pts de plus qu’en 2014. Parmi eux, ce sont les plus jeunes qui s’y déclarent les plus prêts (57 % chez les moins de 30 ans), bien davantage que les quadras (30 %) ou les quinquas (30 % aussi). Il ne s’agit toutefois pas ici d’un phénomène de génération, mais uniquement d’âge : les différences étaient exactement les mêmes il y a 10 ou 20 ans sur ce critère.

 

 La confiance des salariés à l’égard des dirigeants progresse

 

Contrairement à ce que l’on observe dans la société française en général, la confiance à l’égard des « élites » progresse dans les entreprises. Le manager direct, déjà historiquement à un niveau plutôt élevé (66 %) voit sa cote de confiance progresser encore (+4 pts). La DRH progresse davantage encore (+ 6 pts, à 51 % de confiance), ainsi que les représentants du personnel et les syndicats (+4, à 47 %). La Direction de l’entreprise est aussi sur une tendance positive, quoique plus légère (56 %, +2).

 

 2-Le rapport à l’entreprise

 Ouverture au changement, mais moins d’attachement à l’égard de l’employeur

Les résultats de l’étude bousculent les idées reçues sur des salariés français réfractaires au changement : pour 58 % des salariés, les changements en entreprise sont majoritairement perçus comme une opportunité et suscitent toujours davantage d’adhésion (38 %) que de rejet (24 %) avec beaucoup d’agnostiques (38 %). Et, a contrario des discours médiatiques, leur rythme est beaucoup moins souvent perçu comme trop rapide (21 %) que comme pas assez rapide (36 %) (et 43 % satisfaisant). Globalement, 60 % des salariés (+ 4pts) estiment que le changement est bien géré dans leur entreprise et 59 % qu’ils sont aidés par leur hiérarchie pour s’y adapter.

 

Interrogés sur les sentiments qu’ils ressentent à l’égard de leur employeur, les réponses des salariés dessinent un portrait apaisé, mais aussi distancié. S’ils expriment en effet moins de méfiance (23 %, -4) et de déception (26 %, -3), ils font pour autant preuve de moins d’attachement (33 %, -6) et de plus d’indifférence (20 %, +4). En revanche, les sentiments les plus forts, tant positifs (enthousiasme, fierté) que négatifs (lassitude, désaccord) restent parfaitement stables.

Le digital, quel impact sur le travail ?

Globalement, la moitié des salariés français estime que le digital n’a pas d’impact sur la qualité des informations reçues, leur stress et leur équilibre vie privée / vie professionnelle. L’autre moitié se partage assez équitablement, entre ceux qui estiment que le digital a un impact positif et ceux qui le jugent au contraire négatif. Seule exception, l’impact du digital sur le stress, plus souvent vécu comme négatif (30 %) que positif (19 %).

 

 3-Et demain, l’IA et le digital

 

 Des craintes pour le futur face au digital et l’IA

Qu’il s’agisse de digital ou d’intelligence artificielle, les salariés ont la même vision sur l’impact que pourrait avoir ces technologies sur leur métier d’ici cinq ans. La moitié pense qu’elles n’auront pas d’impact majeur sur leur métier. 21 % pensent que l’IA rendra leur métier moins intéressant contre 14 % qui pensent qu’il le rendra plus intéressant ; pour le digital les proportions sont légèrement supérieures (23 %/18 %). Un peu plus de 10 % pensent que ces technologies pourraient faire disparaître leur métier, ce qui à échéance de 5 ans est plutôt élevé.

 

 Éric Chauvet, directeur-conseil Kantar Division Insights (photo) commente : « Cette nouvelle édition montre clairement un rebond du climat après le point bas que nous avions atteint il y a 5 ans, après plusieurs années de crise. Le redémarrage de l’économie et la baisse du chômage se traduisent par une amélioration du climat. Au-delà de ces éléments macro-économiques, les progrès mesurés sur le fonctionnement même des entreprises permettent de penser que les mots d’ordre d’agilité et de flexibilité commencent à se traduire par des améliorations concrètes, visibles pour les salariés. »