Manager sans se renier n’est pas une mission impossible

Deux pointures de la CFDT, Jean-Paul Bouchet et Bernard Jarry-Lacombe signent aux Editions de l’Atelier un ouvrage qui répond à quelques unes des questions qui taraudent les cadres, pris dans la nasse des injonctions contradictoires et des conflits entre leurs propres valeurs et les exigences de l’entreprise.  Leur réponse : non, les managers ne sont pas obligés de courber l’échine en abandonnant leurs convictions. Oui, ils peuvent diriger efficacement sans renier.

Qu’ils évoluent dans un grand groupe ou officient au sein d’une PME, les managers subissent une forte pression. Surtout depuis que les structures de ressources humaines, elles aussi passées au tamis, ont été allégées. L’encadrant assume en plus de ses objectifs de business, la gestion de proximité de ses équipes. Accessoirement, il absorbe et même gère le stress de son propre supérieur hiérarchique. Pour couronner le tout, les attentes de l’entreprise à son égard ne sont pas toujours en phase avec ses propres valeurs.

 

Sans même parler d’actes délictueux, certaines décisions relatives aux conditions de travail, à l’équité en matière de rémunération, de promotion et de recrutement, des choix environnementaux et de développement durable peuvent le heurter. Entre baisser la tête et obéir en se reniant et claquer théâtralement la porte, il y existe une voie, celle du courage, qu’explorent Jean-Paul Bouchet et Bernard Jarry-Lacombe. L’un est secrétaire général de l’Union confédérale des cadres CFDT, l’autre responsable du centre de formation Crefac, après avoir piloté l’Observatoire des cadres. De leurs pratiques, ils ont eu connaissance des déchirements vécus au quotidien par les cols blancs, dont ils font eux-même ont fait partie.

 

Leur ouvrage, préfacé par Laurent Berger, patron de la confédération, préconise d’ « articuler valeurs et pratiques de management ». Les chefs et petits chefs doivent d’abord balayer devant leur porte, en trouvant l’équilibre entre autorité et pouvoir, loyauté et exemplarité. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais ce n’est pas une mission impossible, comme l’indiquent de nombreux  témoignages dont le livre est truffé.

 

 

Les auteurs se gardent bien de donner des leçons et encore moins d’emprunter le sentier de la morale. Tout en livrant quelques pistes de réflexion sur l’art de diriger, ils abordent les points sensibles que sont le manque d’autonomie dont souffrent certains dans les grandes entreprises, la dictature de la performance et des procédures. A les en croire, quelques leviers permettent de limiter ces entraves, à défaut de les ôter : jouer collectif, reconnaître le travail des autres, à commencer par celui de ses propres collaborateurs, sans oublier d’entretenir ses propres compétences.

Manager sans se renier

Les Editions de l’atelier