Moi, footballeur professionnel, formé tout au long de ma vie

Soumettre les clubs de football professionnels à l’obligation de former leurs salariés, y compris les dieux du stade, tout au long de leur vie. Seule façon de leur garantir une reconversion soutenable. C’est une piste évoquée par une étude du Centre d’études de l’emploi et du travail.

Une obligation pour les clubs de continuer à former scolairement les joueurs qu’ils ont sous contrat faciliterait leur reconversion professionnelle, estime Richard Duhautois, spécialiste de l’économie du travail et de l’économie du football professionnel, chercheur au laboratoire interdisciplinaire de recherches en sciences de l’action (Lisa). Il part de plusieurs constats. Primo, tous les footballeurs n’empochent pas de mirobolants salaires. Derrière les revenus record des stars se cachent des rémunérations qui vont rêver. Secundo, les carrières sont courtes et aléatoires.

 

Nul n’est à l’abri d’une blessure ou d’une baisse de régime plus ou moins surmontable. Adulé un jour, relégué le lendemain. « Ceux qui ont des carrières très honorables – soit entre douze et dix-sept ans – prennent leur retraite autour de 35 ans », indique l’étude. Tertio, les reconversions sont souvent mal préparées ou pas du tout anticipées. « Après leur mise à la retraite, il est notoire que certaines stars du ballon rond sont ruinées par des divorces » .

 

 Richard Duhautois  est formel : les anciens joueurs sont contraints d’opérer une reconversion professionnelle, car, en tant que salariés, ils n’ont pas suffisamment cotisé pour la retraite. La plupart n’ont pas un fabuleux patrimoine, tous ne sont pas consultants pour la télévision : ce sont surtout les superstars qui le deviennent. Ceux qui deviennent entraîneurs se comptent sur les doigts d’une main. Les autres, bien plus nombreux, sont obligés de trouver une nouvelle activité professionnelle. Rares sontceuxquipourraientvivre de leur rente.

 

La reconversion est difficile, du fait d’un niveau d’études relativement faible, dans la plupart des cas. Nombre de ces jeunes retraités se reconvertissent dans l’immobilier, comme agents ou promoteurs, quand ils ne se tournent pas vers le secteur de l’hôtellerie-restauration, des domaines où l’on peut s’insérer sans diplôme, avec un capital modique. Le résultat n’est pas toujours reluisant, faute de préparation. En outre, cette monoculture n’est pas souhaitable, à terme.

 

D’où la suggestion de l’étude : « Pourquoi, face à ces aléas, ne pas imaginer une obligation pour les clubs de continuer à former scolairement les joueurs qu’ils ont sous contrat pour faciliter leur reconversion professionnelle ? Si l’on souhaite réduire les inégalités, une intervention publique en faveur de la formation des joueurs semble nécessaire. »

 

Sachant toutefois que la nouvelle génération prend plus de précautions en amont en poursuivant des études et en s’entourant de conseils professionnels.