Pénurie de talents : la plupart des entreprises la ressentent, très peu l’anticipent

L’étude The talent shift du cabinet mondial de conseil en organisation Korn Ferry est catégorique : d’ici à 2030, le marché mondial du travail pourrait manquer de 85,2 millions de talents. En France, les entreprises ont conscience que le succès de leur organisation repose sur des compétences humaines. Les dirigeants d’entreprise à forte croissance déclarent même à 91 % qu’ils auront besoin de travailleurs hautement qualifiés. Pour la majorité des décideurs français, la technologie va nécessiter des travailleurs plus qualifiés (en matière de sécurité de l’information, de transformation numérique, d’analyse des données…) Et la moitié des chefs d’entreprise estiment que 20 % ou plus des postes au sein  de leur organisation seront totalement obsolètes d’ici 2030.  

 

Étonnamment, seulement 23 % des dirigeants anticipent cette pénurie. Une majorité pense que la pénurie va s’estomper. Ce déficit de prévision sur le long terme s’explique aussi en partie par le rythme soutenu auquel évoluent l’économie et les entreprises, analyse le cabinet de services RH. « Pour les dirigeants, il est devenu difficile d’imaginer le travail tel qu’il sera demain. Par ailleurs, 67 % des dirigeants disent que les pressions en faveur de retours à court terme pour les actionnaires les empêchent d’investir le temps et les ressources nécessaires ». Bref, l’actionnaire pense aux dividendes avant la GPEC.  

 

Une autre explication réside dans la confiance faite aux nouvelles technologies pour accomplir une partie des tâches. « En raison de la confiance accordée à la technologie et à ses avancées, les dirigeants d’entreprise estiment qu’un nombre croissant d’emplois ne sera plus nécessaire

 

Néanmoins, la volonté de lieux faire en matière de développement des compétences est largement partagée, selon Korn Ferry. Pour preuve, 59 % des dirigeants reconnaissent que leur entreprise sous-estime les talents en tant que risque organisationnel.  Frédéric L’Héréec, senior partner et expert en transformation des entreprises chez Korn Ferry France, fait la part des choses : “Certains grands groupes se préparent à la pénurie des talents en lançant leurs propres parcours de formation, à l’exemple des Universités d’entreprises ou de parcours certifiant. Néanmoins, une majeure partie des dirigeants surestime l’adaptabilité des talents aux bouleversements technologiques”.