Santé au travail : l’Union européenne va s’attaquer à la douleur chronique et à ses conséquences

Sous les auspices de la présidence maltaise du Conseil de l’Union européenne de 2017, un Symposium sur l’impact sociétal de la douleur réunira du 7 au 9 juin prochain plus de 300 participants représentant des professionnels de la santé, des groupes de défense de la politique de lutte contre la douleur, des chercheurs et des spécialistes, ainsi que des assureurs et des responsables budgétaires. Il s’agit de stimuler la coopération structurée au sein de l’UE afin de trouver des solutions qui améliorent la vie des personnes concernées, mais aussi de minimiser l’impact de la douleur sur la société.

 La douleur est un problème pour les personnes concernées, mais aussi un défi pour les systèmes de soins de santé, les économies et la société : chaque année, près d’un Européen sur cinq, soit 20 % de la population adulte en Europe est concernée par la douleur chronique. Une bonne partie est liée à l’activité professionnelle. Bien que les données évaluant l’impact de la douleur sur les systèmes de santé manquent à l’échelle européenne, il est avéré que les troubles de la douleur figurent parmi les conditions les plus coûteuses. Elles sont parfois invalidantes sur le lieu de travail. Des analyses ont montré que cet état de fait a des impacts multiples : faible participation des travailleurs, absentéisme, présentéisme (le fait d’aller au travail en étant malade). Avec plus de 500 millions de jours de maladie par an en Europe, les troubles musculosquelettiques (TMS) causent environ 50 pour cent de toutes les absences au travail d’au moins trois jours dans l’UE et 60 pour cent des incapacités de travail permanentes.

 

Le chiffre invoqué par les experts inclut 153 millions de personnes souffrant de migraine et autres maux de tête invalidants, et prend aussi en compte 200 millions de cas de TMS. À cela s’ajoutent 100 millions de personnes souffrant de formes diverses de douleur chronique. L’estimation des frais de santé directs et indirects associés à ces affections au sein des membres de l’Union européenne est évaluée entre 2 % et 3 % du PIB dans L’UE. Pour l’année 2016, cela représente la somme de 441 Mds€. Les experts en traitement de la douleur lancent un appel aux législateurs européens et nationaux afin qu’ils améliorent les politiques relatives à la douleur et stimulent la productivité des travailleurs.  

 

D’autant que les États membres sont confrontés à des défis majeurs. Primo, le besoin d’augmenter la productivité et d’éviter les départs anticipés involontaires à la retraite ; secundo, la nécessité d’offrir un système social prenant soin de la population vieillissante. Début 2017, la discussion au Parlement européen sur le « semestre européen » consacré à la coordination des politiques économiques a abouti à une résolution dans laquelle le Parlement européen a exprimé ses craintes concernant les effets des évolutions démographiques sur les finances, les pensions et les systèmes de santé.

 

Les experts estiment que la moitié des citoyens de l’UE souffrent à un moment de leur vie de douleur dorsale. Environ 15 pour cent de ces citoyens souffrant du dos sont en incapacité de travailler durant plus d’un mois. Outre ses effets sur les travailleurs, la douleur chronique est l’une des premières causes d’incapacité dans chaque région d’Europe et elle augmente les risques d’autres problèmes de santé, d’exclusion sociale et de pauvreté. La stigmatisation et le manque de connaissance du public aggravent la situation des patients et des familles. En outre, de grandes inégalités de santé subsistent et bon nombre de patients n’ont toujours pas accès à un traitement adéquat contre la douleur.