Santé mentale des salariés : une préoccupation planétaire (étude)

Le risque d’atteinte à la santé mentale des salariés en raison de la pandémie est un problème mondial. Les services de santé au travail des entreprises y travaillent, sans garantie de succès. Cela ressort du Baromètre ERM Global 2020 que vient juste de publier Environnement Resources Management, société de conseil spécialisée dans le développement durable. L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 273 directeurs de la santé et de la sécurité, dans 143 pays, et dont les entreprises emploient plus de 12 millions de personnes dans le monde.

Le résultat est net. Neuf responsables de la santé , de l’hygiène et de la sécurité indiquent que la santé mentale des collaborateurs est une préoccupation croissante pour leur organisation. Plus de la moitié des sondés (53 %) classent les risques psychosociaux en tête des menaces. Ces scores élevés s’expliquent en partie par la forte sensibilisation orchestrée par les pouvoirs publics et les autorités sanitaires nationales.

 

La traduction du risque dans le fonctionnement courant des entreprises est multiforme.Parmi les facteurs clés d’augmentation des risques, les personnes interrogées invoquent : la fatigue liée aux changements organisationnels constants ; l’incertitude accrue face à l’avenir ; l’’insécurité de l’emploi ; l’épuisement professionnel dans un environnement de travail toujours en mouvement. À cela s’ajoutent : l’inquiétude face au risque de contamination, le stress accru résultant de l’isolement induit par le travail à domicile, les tensions raciales et les conflits sociétaux.

 

« Le fait de travailler dans un environnement de plus en plus mondialisé et de travailler sur plusieurs fuseaux horaires a un impact significatif sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Les employés ne se sentent pas autorisés à dire non . On attend d’eux qu’ils travaillent dur dans un environnement aux priorités concurrentes, avec trop de demandes émanant de trop de personnes différentes. Nous constatons qu’un nombre croissant de problèmes de santé mentale sont enregistrés. Les problèmes de santé mentale seront la première cause de retraite anticipée dans notre organisation » résume un participant à l’enquête.

 

Les organisations tentent d’endiguer le problème. Entre 3 % et 4 % des participants jugent que les dirigeants sont déjà bien outillés pour aborder les questions de santé mentale. Une grande majorité a mis en place un plan d’action. Mais les résultats restent décevants. À peine 4 % des organisations ayant mis en place des programmes spécifiques se disent pleinement satisfaites de l’impact constaté. Près d’une sur cinq déclare ne pas être en mesure d’évaluer l’efficacité du dispositif, tandis que 15 % estiment qu’il est trop tôt pour faire un bilan.

 

Quoi qu’il en soit, 63 % des responsables déclarent vouloir renforcer les mesures déjà prises au cours des trois prochaines années. Ces projets incluent notamment des offres de soutien spécialisé, des formations au leadership et des sessions de sensibilisation au bien-être mental à l’usage de tout le personnel.

 

Arnaud Szymkowiak, Partner, operational performance pour la France et le Benelux chez ERM (photo), appelle à maintenir la vigilance. Selon son analyse, les réponses organisationnelles à la pandémie ont été des facteurs déclencheurs de stress. La pandémie a été un choc pour de nombreuses organisations déjà fragilisées. Il est urgent de s’attaquer à cet important problème préexistant, brutalement aggravé par la crise sanitaire et qui continuera à sévir même après la crise de la covid-19, explique en substance l’expert.