Souffrance au travail : une enquête-choc MGEN-OpinionWay rappelle l’urgence de la prévention

Le constat de l’étude réalisé par le groupe MGEN avec OpinionWay  et publiée le 17 mars, est alarmant : 90 % des salariés ont la nette impression que la souffrance au travail progresse. Six sur dix en ont déjà été victimes, à des degrés divers. Pire, les réponses manquent tant de la part des DRH et des managers que des médecins du travail.

Le diagnostic posé à l’issue de cette étude réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1008 personnes actives, du 3 au 28 février 2017, est sans appel. Près de 90 % des actifs pensent que la souffrance au travail a augmenté depuis 10 ans. Ils sont 96 % à considérer que cela peut arriver à tout le monde. La dure réalité des suicides sur le lieu d’exercice professionnel le confirme : ouvrier, cadres, syndicalistes et dirigeants sont différemment touchés. Les personnes interrogées considèrent que la souffrance est d’abord d’ordre psychologique. 66 % y associent le stress, 60 % le harcèlement moral, 56 % le burnout, avant l’épuisement (48 %) et le harcèlement physique (15 %). Ils décèlent des causes du même ordre : le stress (46 % des répondants) et le harcèlement moral (27 %), mais aussi le manque de reconnaissance de la hiérarchie (27 %).

 

En outre, 96 % des prospects considèrent que souffrir du travail peut arriver à tout le monde.  Plus de six sur dix ont déjà personnellement ressenti cette souffrance . Le plus souvent, ils l’ont souvent vécue pendant des périodes longues : 28 % pendant plusieurs mois, 34 % pendant plusieurs semaines d’affilée. Cette souffrance s’est exprimée par un stress récurrent pour 54 % des personnes interrogées et de l’épuisement pour 39 % d’entre elles. Elle a engendré chez les personnes touchées de la démotivation (67 %), de la dépréciation de l’image qu’elles se font d’elles-mêmes (52 %) et de la perte de confiance (44 %). Un peu moins d’un tiers de ceux qui sont déjà passés par cette douloureuse étape ont bénéficié d’un arrêt. Et si 60 % ont le sentiment d’avoir retrouvé leur place, 55 % ne se sont rien vu proposé à leur retour d’arrêt de travail.

 

Autre indication inquiétante : 71 % des personnes qui ont vécu la souffrance au travail déclarent que leur hiérarchie est restée indifférente et 58 % estiment que leurs services RH n’ont pas compris ou ont été indifférents à leur mal-être. Le soutien est plutôt venu des collègues : 87 % des intéressés estiment qu’ils les ont aidés et 52 % confirment que les représentants du personnel leur ont proposé des aides et des solutions concrètes. Il est vrai que parler de sa souffrance au travail est difficile, voire tabou. Seuls 66 % en ont spontanément parlé  : 55 % avec leurs collègues proches, mais seulement 24 % avec leur hiérarchie, 18 % avec le médecin du travail, 18 % avec un représentant du personnel et 12 % avec les ressources humaines.

 

La médecine du travail n’apparaît pas comme un recours. Seulement 32 % des salariés en détresse auraient l’idée de parler de leur souffrance à leur médecin du travail. Par ailleurs, 71 % disent ne pas savoir s’il existe des dispositifs pour répondre ou prendre en compte des situations de souffrance.