Tapaj : aux frontières extrêmes de l’insertion professionnelle

C’est le premier degré de l’insertion professionnelle. Il reste peu connu des employeurs : le travail alternatif payé à la journée (Tapaj), dispositif d’inspiration québécoise, s’adresse à des jeunes de 18 à 25 ans, en errance et souvent poly-consommateurs de drogues. Il leur permet d’accéder à une activité professionnelle qui ne nécessite pas de qualification ou d’expérience professionnelle, et ne les engage pas sur la durée. Ils travaillent quelques heures par jour et perçoivent une rémunération immédiate, en fin de journée. Il commence à trouver sa place en France.

Le dispositif est géré par l’association Tapaj France née en juin 2016 à l’initiative de la Fédération Addiction et du CEID-Addictions de Bordeaux avec le soutien de la Midelca, rejoints par l’Agence nouvelle des solidarités actives, la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement ainsi que différentes administrations concernées par les addictions.

 

Il s’agit de donner un accès à l’activité à un public très marginalisé. Certaines de ces personnes, souvent jeunes, n’ont même jamais travaillée. Le job, sans engagement de part et d’autre, est une main tendue . Cela permet de ramener progressivement les intéressés vers un accompagnement global et une prise en charge de droit commun. Cet accès au travail est donc conçu comme un moyen de provoquer un changement, un levier, notamment vers l’accès aux soins. « Cela le distingue des programmes d’insertion professionnelle, classique car les principes du dispositif restent ceux du secteur de la lutte contre les addictions et de la réduction des risques » soulignent les animateurs du système.

 

Une quinzaine d’entreprises et plusieurs organisations et administrations sont déjà partenaires. Parmi elles, la SNCF, la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), et la Fondation Orange dans le cadre du mécénat de compétence. Aujourd’hui 17 villes sont couvertes, parmi lesquelles Paris, Nice, Marseille, Strasbourg et Toulouse. 21 autres municipalités devraient entrer dans le dispositif. Fin 2016, Tapaj totalisait un peu moins de 10 000 heures de travail effectuées, et avait tendu la main à 378 jeunes, dont 50 sont positivement sorties de la galère en ayant un emploi. En outre, une cinquantaine de jeunes ont été pris en charge et accompagnés en justice, une quarantaine d’autres ont bénéficié de soins. Tapaj veut rester léger et souple, aussi bien pour le jeune que pour l’entreprise d’accueil ou l’association intermédiaire.