Apprentissage : les métiers de l’artisanat en pénurie de jeunes compétents

L’artisanat représente aujourd’hui plus de 25% de l’économie française avec plus de 250 professions à la clé. Pour autant, si on recense un nombre croissant de jeunes se dirigeant vers les filières d’apprentissage, il n’en reste pas moins que cette filière doit se réformer au plus vite pour former des jeunes actifs compétents. La réforme de l’apprentissage pour devenir une filière d’excellence est un point qui ne se discute pas, la problématique réside, en revanche dans les moyens mis en œuvre pour qu’elle le devienne non pas uniquement sur le papier, mais bien sur le terrain. En juin 2017, on dénombrait pas moins de 420 000 apprentis en France. Un chiffre qui ne représente que 7% des jeunes de 16 à 25 ans. Que faire pour redynamiser la filière ? Comment améliorer l’enseignement dispensé dans ces filières ? Quid du financement ?

 

L’excellence ne se construira pas seule ! Nous, chefs d’entreprises de métiers artisanaux, nous nous devons de prendre du temps pour aller faire de la pédagogie dans les écoles et promouvoir nos filières. Nous devons jouer le jeu du Made In France afin d’accroître les compétences de la main d’œuvre française. Il n’est pas normal que les métiers de l’artisanat soient obligés aujourd’hui de faire appel à des travailleurs étrangers faute de main-d’œuvre qualifiée en France.

 

L’apprentissage ne fait pas envie, car il est encore et toujours considéré comme une sous-filière pour écoliers en marge du système scolaire. Mais trop souvent, on oublie que l’apprentissage est la voie qui permettra de sortir de la crise du chômage pour les jeunes actifs de Pôle emploi. 1,3 million de jeunes en France ne sont ni en formation ni dans le circuit de l’emploi. Pour ce faire, nous devons accepter de prendre en formation les jeunes, de leur enseigner notre métier, leur permettre d’acquérir les compétences terrains nécessaires aux métiers manuels. Aujourd’hui par exemple, un jeune plombier sort de sa formation sans avoir le niveau requis pour effectuer un dépannage d’urgence (manque d’autonomie, méconnaissance des outils…). L’entreprise, si elle le peut, se substitue alors à l’École et l’État en décidant de former elle-même le jeune. Mais c’est un coût non négligeable pour l’entreprise qui décide de mettre au service du jeune un employé senior.

 

La question du rapport Brunet sur l’implication des entreprises via leurs branches professionnelles dans le processus ne peut que satisfaire ! Mais cela reste encore trop maigre. L’éducation nationale n’est pas dans la réalité et manque cruellement de retour « terrain ». Les métiers de l’artisanat sont en pleines mutations. Les compétences manuelles, essentielles à l’exercice, ne sont plus les seules qu’il convient de maîtriser. Les moyens financiers doivent être mis sur cette partie. Le numérique, cher au Président de la République, doit être incorporé dans la réforme de l’apprentissage. L’allègement sur les lourdeurs administratives est une excellente chose, mais elle n’est pas suffisante. Le financement doit surtout aider à une meilleure formation plus proche de la réalité terrain, inconnue de l’éducation nationale et des régions en charge de l’ouverture des CFA. Par exemple, le métier de plombier – chauffagiste n’est plus celui d’il y a 20 ans. Aujourd’hui, le numérique est partout de la prise de rendez-vous sur tablette à la pose d’une chaudière électronique ou la recherche d’une fuite par caméra thermique ou hygromètre.

 

La filière doit être réformée à sa base pour ne plus devoir ensuite réformer la formation professionnelle et mettre en place de la formation continue. À l’heure actuelle, il est nécessaire pour la quasi-totalité des métiers artisanaux de mettre en place une formation continue même pour des jeunes sortant de l’école. Les programmes sont restés basiques, théoriques et non intégrés l’évolution du métier.

 

La question du financement des CFA par contrat est une réelle problématique. S’il est vrai que les CFA sont parfois loin des métiers demandés aujourd’hui il n’en reste pas moins qu’ils vont être nombreux à devoir fermer leurs portes si le schéma précédent de financement est appliqué. Double peine dans les zones isolées et dans les quartiers. Les jeunes ont besoin de s’accrocher à quelque chose, l’apprentissage est le moyen de redynamiser la population oubliée dans ces zones.

 

Parfois surexploitées, les CFA ont besoin de sur mesure, mais pas de disparition, ils sont le socle d’un apprentissage réussi et d’une main d’œuvre opérationnelle. La question du financement doit être déplacée aux enseignements dispensés et aux structures à réadapter et non à l’ouverture ou non d’un CFA. Sans une réforme profonde en partenariat avec les entreprises, l’apprentissage sera un échec pour la France alors qu’il est aujourd’hui son plus grand espoir.

 

Yoni Lellouche, fondateur de Plombier.com