Carrière est un mot féminin

La Journée internationale des droits des femmes du 8 mars et la Journée de la femme digitale qui a lieu à Paris le lendemain, sont des occasions parfaites pour s’interroger sur la façon dont les femmes gèrent leur carrière au 21e siècle. Dans ce monde ultra-connecté où la recherche d’un équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle est un leitmotiv, ont-elles des parcours à la hauteur de leurs espérances ?

 

Force est de constater que la norme en tant que modèle de carrière reste le passage d’un échelon à un autre. Ce modèle dominant et traditionnel s’est installé naturellement à une époque où très peu de femmes travaillaient. Ainsi, il correspond plutôt à une trajectoire masculine classique. Pourtant, il y a une vingtaine d’années, le modèle horizontal de carrière a vu le jour. Celui-ci permet davantage de flexibilité car il ne concerne pas une seule et unique évolution de carrière. Il met plutôt l’accent sur la recherche de sens et d’équilibre, souvent associée aux préoccupations des femmes. Aujourd’hui, elles ne sont plus les seules dans cette quête car la jeune génération recherche ce même genre d’équilibre, et un nombre croissant d’hommes se rendent compte que le modèle vertical ne répond pas à leurs objectifs de vie.

 

La réalité montre qu’il s’avère plus aisé pour une femme de suivre un modèle de carrière qui ne se base pas sur la simple ascension hiérarchique comme preuve d’une vie professionnelle réussie. Il convient pour elles de mener une réflexion sur leur définition du succès en termes de carrière. Les repères communs d’un salaire plus élevé, d’un plus grand bureau et d’une place plus importante dans l’organisation ne deviennent plus valides.

 

Un modèle horizontal de carrière intègre plutôt la diversité de configuration de parcours souvent constatée chez les femmes. En revanche, le succès de ce modèle dépend aussi des hommes.  

 

Encore aujourd’hui, les femmes se chargent toujours de deux-tiers des tâches domestiques et s’occupent plus souvent des enfants. Si l’on ajoute le fait que seulement 4% des pères en France prennent un congé parental, la marge de manœuvre des femmes est forcément réduite. Sans le soutien des hommes, elles peuvent bien sûr continuer à œuvrer pour faire avancer les choses, mais le progrès sera plus laborieux. Que ce soit pour un homme ou une femme, la notion de sens est essentielle dans ce débat. Tout collaborateur trouve un sens à son travail grâce au collectif. Seul, on manque de sens et par conséquent de motivation. Hommes et femmes conviennent que ce sont les relations qui les rendent heureux. Ainsi, la recherche du sens au travail doit être une démarche individuelle afin que chacun trouve son meilleur équilibre : ce n’est pas à l’État ou à l’employeur de faire ce travail à la place de l’individu. En France, nous avons tendance à considérer le salaire comme porteur de sens dans une carrière. Sur cette base, les femmes, presque toujours rémunérées à un niveau inférieur à celui des hommes à travail équivalent, ne peuvent trouver autant de sens à leur vie professionnelle.  

 

Tous ces éléments poussent beaucoup de femmes à opter pour l’option plus facile et classique du modèle vertical, également mieux reconnu par un employeur. C’est un modèle qui résiste plus solidement au regard des autres et à la pression importante pour suivre un parcours professionnel ‘typique’. Certains événements, comme les grossesses, peuvent également impacter leur carrière de façon importante. Car les stéréotypes qui y sont liés sont nombreux : les mères sont moins disponibles, moins motivées, leur priorité est la famille, elles sont plus souvent absentes pour gérer les enfants malades. Bref, la liste est longue. A l’inverse, les études montrent que la paternité dope les carrières masculines : les pères sont jugés comme des salariés et managers plus responsables et fiables car on leur attribue une stabilité et une capacité de travail supplémentaires.

 

Comment les femmes peuvent-elles faire face à une telle situation ? La réponse repose en partie sur les réseaux sociaux.

 

Pour elles, le réseautage peut jouer un rôle clé, qui s’avère encore plus important si les femmes ne se limitent pas à des réseaux exclusivement féminins. Alors que les réseaux constitués seulement de femmes sont reconnus pour apporter un soutien moral précieux, encourager les échanges et le partage d’expériences, ceux auxquels participent les hommes sont davantage tournés vers le plan de carrière. Résultat : les bons postes ont tendance à circuler surtout sur les réseaux masculins ou mixtes. Les femmes devraient donc éviter de s’autocensurer dans ce domaine . L’efficacité des réseaux sociaux dans l’évolution d’une carrière n’est pas simple à mesurer, mais ils représentent un autre outil possible pour lutter contre l’inégalité hommes-femmes, sur laquelle de nombreux progrès se font encore attendre.

 

Christine Naschberger, professeur associé en management des ressources humaines, Audencia Business School