En un an de covid-19, qu’avons-nous appris ?

Un an que cette situation perdure et certains constats doivent être dressés. D’abord, un système de santé éprouvé, mais qui a résisté. Notre système de santé a été malmené comme il ne l’a jamais été sous la 5e République. Le système né des Ordonnances dites Debré de 1958 avait construit une organisation sanitaire destinée à mettre en place une médecine moderne, organisée et conquérante, avec la création des CHU en charge de l’enseignement et de la recherche et une coordination des établissements d’hospitalisation qu’ils soient publics ou privés.

 

Ce système a été à l’origine du grand succès de notre médecine française qui a connu son apogée lorsque, dans les années 2000, il a été jugé le meilleur système de santé au monde. Les choses ont beaucoup changé depuis cette date. Les multiples plans d’économie mis en place afin de juguler l’explosion des dépenses de santé ont fini par l’affaiblir durablement et il se classe désormais au 16e rang mondial loin derrière les pays nordiques, Israël, l’Allemagne et même l’Espagne.

 

La crise du Covid est venue le déstabiliser, le manque de lits de réanimation a été mis en avant, la lourdeur administrative et ses trop nombreuses strates ont été un frein à l’agilité requise en temps de crise. Pourtant, il a tenu bon. Le terrain a su réagir et s’organiser en s’exonérant parfois des contraintes du système. Les malades du covid ont été pris en charge, les patients qui avaient connu des retards de soins au cours du 1e r confinement ont pu être traités dans un second temps. Nos établissements privés et publics se sont organisés pour prendre en charge de façon sécurisée tous les patients.

 

Ensuite, le personnel médical et soignant est admirable. On ne dira jamais assez l’engagement qui a été le leur au cours de cette crise, la reconnaissance qu’on leur doit. Ils n’ont pas compté leurs heures, ils ont pris des risques pour leur santé en acceptant de soigner une maladie à laquelle on ne connaissait rien. Ils se sont déplacés d’une région à une autre afin de venir suppléer leurs collègues. Leurs difficiles conditions de travail et le niveau de leurs rémunérations ont enfin été mis en exergue et un début de reconnaissance salariale leur a été apporté.

 

Troisième point, il y a une nouvelle image des établissements de soins privés. Nos établissements privés ont et continuent de participer largement à la gestion de la crise, 20 % des patients Covid ont été traités chez nous. Sur le terrain là encore, au niveau des territoires, les patients ont été pris en charge par le public et par le privé. Des lits de réanimation ont été ouverts dans nos établissements. Nous avons su nous adapter rapidement, avec agilité et avons toujours répondu présents lorsque le besoin se faisait sentir. Si durant la première vague, la posture des agences régionales de santé vis-à-vis du privé n’a pas été homogène au niveau national, elle l’a été beaucoup plus au cours de la 2n de vague et les ouvertures de lits se sont faites tant dans le privé que dans le public.  L’image des établissements privés sort de ce fait renforcée à l’issue de cette première année. Nous sommes désormais un acteur incontournable des territoires de santé et en particulier, les autorisations temporaires de réanimation qui nous ont été données auront vocation à être confirmées.

 

Quatrième constat : la santé redevient le secteur prioritaire. Au nom de la santé des populations, on met l’économie à l’arrêt, on recourt massivement au chômage partiel, on renonce à la culture, au sport, aux voyages et aux loisirs. Le secteur de la santé qui n’était perçu que comme un centre de coûts et qui avait vu ses moyens fondre progressivement, les salaires et les honoraires stagner, les moyens de la recherche asphyxiés, se trouvent désormais au centre de toutes les préoccupations.

 

La perception est nouvelle; sans une santé forte, il n’y a plus d’économie. Avec de meilleurs salaires et une formation adaptée, on a plus de soignants qui peuvent s’engager dans des carrières longues. Avec une recherche financièrement soutenue et des chercheurs reconnus, on met rapidement au point de nouveaux traitements, de nouveaux vaccins, source de richesse et d’indépendance économique.

 

Un an de crise Covid, et notre monde est bouleversé, nos certitudes et nos perspectives sont balayées. Cette crise que nous avions pensé passagère perdure et transforme nos vies. Préparons l’avenir de notre système de santé et celui de nos établissements de soins. Donnons du sens à notre action et embarquons nos soignants vers de nouveaux projets et de nouvelles perspectives. Sachons hiérarchiser nos priorités afin que la situation que l’on connaît et qui n’a pas encore livré tous ses effets néfastes ne puisse plus se reproduire.

 

Daniel Caille, PDG du Groupe Vivalto Santé