Et si l’Europe relançait l’emploi ?

Selon la formule consacrée, nous aurions « tout essayé en France pour lutter contre le chômage. » Tout ou presque. A l’exception de l’échelon européen où nous pourrions être davantage à l’initiative, pour faire reconnaître les nouvelles formes de travail. En effet, si les politiques publiques nationales peuvent tout à fait apparaître insuffisantes pour stopper l’endémie, les politiques européennes, produisent davantage d’effets.

Pour preuve, l’espace communautaire affiche un taux de chômage le plus historiquement bas avec 8,8% de demandeurs d’emplois[. Une tendance à modérer toutefois compte-tenu des nombreuses disparités entre les pays membres. Quand la République tchèque connait un taux de chômage de 4,1%, l’Allemagne de 4,2%, et Malte de 4,7%, ce dernier culmine en Grèce à 24,4%, suivie par de l’Espagne (20,4%) et la Croatie (14,9%). Plus généralement, 21,4 millions de personnes demeurent sans emploi. Aussi, l’Union européenne ne reste pas inerte et définit des règles communes et transposables pour valoriser les nouvelles formes de travail, dont le travail indépendant. Bien entendu, elles suscitent quelque fois, l’ire d’une partie de la classe politique ou des acteurs de l’économie classique. Mais force est de constater qu’Uber, Airbnb, Menu Next Door sont de nouveaux modèles de l’économie dite collaborative et qu’ils encouragent à la prise de conscience d’un droit au travail par mission. D’un droit au travail non salarié.

C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que la Commission européenne a publié en juin dernier, un ensemble de directives visant à favoriser le développement des activités ubérisées, limitant drastiquement les interdictions d’exercer tous secteurs confondus. Bruxelles s’est aussi montré magnanimes vis-à-vis des chauffeurs d’Uber, leur donnant la possibilité d’opter pour le statut salarié. Ce qui veut dire que le salariat et le hors-salariat deviennent complémentaires. De quoi faire jurisprudence dans les esprits en France. A plus forte raison que la Commission recommande au final, de ne plus « sur-réglementer tel ou tel secteur offrant de véritables débouchés, porteur d’innovation et d’une réelle plus-value pour le consommateur. »

Dans l’intervalle, Pôle Emploi a lancé en juin 2016 Pôle talents[4] dans six régions pilotes, sous la forme d’une plateforme destinée aux demandeurs d’emploi, leur permettant de cumuler différentes offres à temps partiel, avec des plages horaires spécifiées, via des groupements d’employeurs. Le signe que la France basculerait donc progressivement d’une exigence de moyens des salariés et de leur présence obligatoire dans l’entreprise, vers une exigence de résultats, via des tâches accomplies quelque soit le lieu, et reconnues comme qualifiantes.

Quant à la protection sociale des indépendants, bien entendu, tout reste à préciser. Régime général ou privé. Pour autant, c’est bien le chômage qui reste la première des précarités. Si l’on en juge une étude sur le patrimoine[6] des ménages d’indépendants comptant au moins une personne non salariée, celui-ci reste trois fois plus élevé que celui des autres ménages. L’heure est donc aux changements intellectuels et structurels dans notre pays. Et les initiatives de l’Union Européenne en matière de hors-salariat nous incitent à ne plus le considérer comme une anomalie dans notre histoire économique. De quoi regarder l’Europe non plus comme un verre à moitié vide mais plutôt à moitié plein.

Julien Pérona, PDG d’Addworking