Le CDI intérimaire : 4 ans après, où en sommes-nous ?

Le 6 mars 2014 était mis en place le CDI intérimaire en application de l’accord sur la sécurisation des parcours professionnels des intérimaires conclu le 10 juillet 2013 et intégré dans la loi « Rebsamen » du 17 août 2015 sur le dialogue social. Par définition, avec ce statut, les salariés intérimaires deviennent des employés à part entière des entreprises de travail temporaire (ETT) et bénéficient d’une garantie minimale mensuelle de rémunération versée par l’ETT pendant les périodes d’intermissions. Le gouvernement prévoyait que d’ici fin 2017, 20 000 CDI intérimaires seraient signés. 4 ans après, où en sommes-nous ?

 

D’après les chiffres de Prism’emploi, le CDI intérimaire connaît un fort développement. Avec en 2017, 13170 CDI intérimaires signés, correspondant à la signature de 1 000 nouveaux contrats chaque mois, ce sont ainsi 26 398 CDII qui ont été signés depuis la création de ce statut. Une importante ETT de renommée mondiale affirme avoir mis en place son 10 000e CDII en avril 2018 et a formé plus de 1600 CDII en 2017. Et une seconde, Adecco, dit avoir signé pas moins de 16200 CDII en 4 ans alors qu’elle n’en prévoyait que 6000 voilà tout juste 2 ans.

 

Ce contrat de travail est gagnant-gagnant pour le salarié et l’ETT. Les intérimaires bénéficient d’un cadre contractuel fixe permettant de réduire leur situation de précarité et d’assurer leur employabilité grâce aux formations qui leur sont dispensées. Quant aux ETT, le dispositif leur permet de continuer à offrir à leurs clients la flexibilité attendue tout répondant à leurs besoins actuels et futurs en termes de compétences. Pour illustrer cet engagement, Adecco a créé 25 Pôles de Compétences Partagées sur l’ensemble du territoire. Ils réunissent chacun 5 à 6 entreprises d’un même secteur d’activité pour lesquelles le Groupe Adecco, dans le cadre d’un partenariat, met à disposition 50 à 100 collaborateurs embauchés en CDII.

 

Le CDII est également un levier qui permet aux ETT d’accroître leur capacité de recrutement et de fidélisation des profils recherchés ou en pénurie. En effet, en termes de sourcing, enjeu majeur des ETT, le dispositif attire de nouveaux candidats. Les profils embauchés dans ce cadre interviennent majoritairement dans les domaines de la logistique et de l’industrie. Le tertiaire est également une cible de développement notamment dans l’assurance, la banque et l’informatique. Il est à noter que le dispositif intéresse les plus jeunes. En effet, la moyenne d’âge est de 34 ans plus basse que la moyenne d’âge des intérimaires classiques.

 

Si chaque agence d’intérim recrute 10 CDII, cela ferait 60 000 CDII sur toute la France, une ambition atteignable à condition de lever quelques freins. En effet, un intérimaire ne peut pas remplacer durablement un salarié en raison du délai de carence imposé en fin de mission et de la durée maximale des contrats. Aujourd’hui, par exemple, un collaborateur qui a travaillé quelques semaines en surcroit d’activité chez un client ne peut être renouvelé qu’une fois. De plus, il faut attendre le délai de carence avant de pouvoir le déléguer à nouveau. Par ailleurs, les ETT sont soumises aux dispositions légales sur le travail ; la rupture d’un contrat de travail en CDII est le même que pour un CDI classique. Pas sûr que cela facilite le développement du dispositif.

 

En outre, pour certains intérimaires, les plus compétents qui retrouvent aisément des missions avec régularité, la solution ne semble pas avantageuse que ce soit en termes de liberté de choix comme en termes de revenus. Un intérimaire en CDI perd sa prime de précarité ainsi que son indemnité de congés. Soit, au total, 21 % de sa paie à la fin d’un contrat.  Et s’il se retrouve sans mission, il ne sera rémunéré que sur la base du Smic, alors que d’éventuelles indemnités de chômage pourraient être supérieures.

 

Bertrand Sanséau, directeur associé, Euklead