Le CDI intérimaire bouleverse la profession

Le secteur du travail temporaire vient de connaître une révolution avec l’instauration le 6 mars 2014 du CDI intérimaire en application de l’accord sur la sécurisation des parcours professionnels des intérimaires conclu le 10 juillet 2013. Par définition, avec ce nouveau statut, les salariés intérimaires deviennent des employés à part entière des entreprises de travail temporaire (ETT). Ils bénéficieront d’une garantie minimale mensuelle de rémunération versée par l’ETT pendant les périodes d’intermissions. C’est une avancée sociale qui permet d’octroyer aux intérimaires la sécurité de l’emploi qu’ils n’avaient pas.  Le gouvernement prévoit que d’ici fin 2017, 20 000 CDI intérimaires seront signés. Le rythme de développement actuel (800 contrats signés par mois) semble ainsi compatible avec l’atteinte de l’objectif de 20 000 contrats en 2017 visé par la profession.  À fin décembre 2016, Adecco, un des leaders du marché, en avait signé 6500 et le maintient un rythme de 400 signatures en moyenne, par mois.

 

 Mais des freins existent encore. Cela peut s’expliquer par le fait que le CDI n’est pas encore inscrit dans la culture des intérimaires, dont les profils les plus recherchés, ceux qui retrouvent des missions avec régularité, craignent de perdre leur liberté. Par ailleurs, ce contrat ne leur semble pas aussi avantageux financièrement, car ils ne bénéficient plus de la prime de 10 % d’indemnités de fin de mission, sans compter que la rémunération des intermissions est lissée au niveau du SMIC.

 

Tous les acteurs du secteur ne sont pas convaincus. Pour certaines, il faut rester centré sur son cœur de métier. Pour d’autres, le frein est principalement juridique. En cas d’échec, l’ ETT est soumise aux dispositions légales sur le travail ; la rupture d’un contrat de travail en CDI Intérim est le même que pour un CDI classique. Les procédures sont complexes et certaines contraignantes.

 

Pourtant, ce nouveau type de contrat de travail est gagnant gagnant pour le salarié et l’employeur. Les intérimaires ne sont plus en situation de précarité et bénéficient d’un cadre contractuel fixe. De plus, les prestataires peuvent continuer à offrir aux entreprises utilisatrices la flexibilité qu’elles attendent, tout en disposant de profils adaptés. En outre, c’est un levier qui permet aux ETT d’accroître leur capacité de recrutement et de fidélisation des profils recherchés ou en pénurie. Par ailleurs, le nouveau dispositif va permettre de réaliser un sourcing différent : il peut attirer des profils nouveaux.

 

Bertrand Sanséau, directeur associé d’Euklead