Les inégalités hommes femmes face à la retraite

Aujourd’hui, les femmes qui partent à la retraite touchent une pension moyenne de 39% inférieure à celle des hommes (hors réversion). Malgré leur arrivée massive dans le monde du travail depuis les années 1970, les inégalités hommes femmes (écarts de salaires, temps partiel, choix familiaux…) perdurent, avec des conséquences directes sur la retraite.

 

Quand on parle de « conséquence sur la retraite », il faut toujours bien avoir en tête les deux effets possibles sur la retraite, qui sont distincts : l’âge auquel une personne peut partir, et le montant de la retraite. Une situation donnée a des effets sur l’un ou sur l’autre ou sur les deux.

 

Les situations classiques qui touchent particulièrement les femmes et ont un effet sur la retraite sont notamment :

– L’entrée tardive sur le marché du travail, qui joue sur l’âge bien sûr, mais peut avoir des effets induits sur les montants. En effet, plus on a du mal à entrer sur le marché du travail par exemple, plus les salaires et la carrière sont susceptibles d’être tirés vers le bas ;

    -Les interruptions de carrière, liées par exemple à l’éducation des enfants, le chômage, l’accompagnement du conjoint à l’expatriation, l’aide à une personne en situation de handicap – enfants ou parents ;

 –   Les temps partiels peuvent jouer sur la retraite. Une personne qui travaille à 40% ou moins sur la base d’un SMIC n’acquiert pas un trimestre sécurité sociale en 3 mois de travail ;

  – Les écarts de salaires qui perdurent jusqu’à la retraite. Les femmes gagnent moins que les hommes de 10 à 20% en moyenne selon les secteurs et les niveaux de responsabilité.

 

La France est un pays dans lesquels les amortisseurs jouent plutôt bien en comparaison des pays de l’OCDE (effet du choix d’avoir une part de répartition très élevée). La retraite est un système solidaire et égalitaire qui relie directement les droits cotisés et les prestations reçues. Les amortisseurs peuvent compenser un peu, mais ne peuvent régler les inégalités constatées tout au long de la carrière.

 

Le sujet est donc à penser dans sa globalité. Une société qui offre des structures d’accueil pour les enfants (maternelles, crèches) permet aux femmes de travailler et par conséquent de réduire les inégalités à la retraite. Une société qui offre aux femmes les mêmes possibilités d’études que les hommes permettent dans le temps aux femmes d’accéder aux mêmes emplois et donc de réduire les inégalités.

 

C’est donc bien souvent au cours de la carrière qu’il faut y penser… alors qu’on constate qu’il y a seulement deux moments clés qui éveillent la vigilance des femmes sur le sujet : le divorce (le couple « n’assumera » pas à deux au moment de la retraite les choix faits à deux pendant la vie salariée), et bien sûr l’approche de la retraite.

 

Par Frédéric Roullier, directeur retraite, groupe Humanis