Les régimes de retraite par répartition seront de moins en moins généreux

La proportion grandissante de retraités en France a nécessité une succession de réformes afin d’équilibrer le système des retraites. Mais cet équilibre est loin d’être assuré et il se fera au prix d’efforts demandés aux retraités. Les pensions de retraite ne pourront plus à l’avenir offrir le même niveau de vie qu’aujourd’hui. La baisse continue du rapport cotisants / retraités observée depuis des années est amenée à se poursuivre au cours des prochaines décennies, selon le Conseil d’orientation des retraites (COR) : il atteignait le chiffre de 4 en 1960, a chuté à 1,76 aujourd’hui et est attendu à environ 1,3 vers 2060. En conséquence, les gouvernements successifs se sont attelés au redressement du système des retraites français. Au prix d’efforts demandés aux futurs retraités.

 

Après la réforme des retraites de 2010, l’âge moyen de départ à la retraite a ainsi vocation à progresser pour atteindre près de 64 ans à la fin des années 2030 (un âge égal à celui observé en 1966), contre 62 ans en 2018. Mais l’espérance de vie à 60 ans poursuit aussi sa progression : le rythme est d’un trimestre gagné tous les deux ans. Les retraités le sont donc de plus en plus longtemps et sont ainsi de plus en plus nombreux : leur nombre a été multiplié par près de 5 en 50 ans et ils devraient être entre 20 et 22 millions vers 2040, contre 16 millions actuellement. Dans le même temps, l’augmentation de la population active (donc des cotisants) s’essouffle sérieusement et passerait de +172.000 par an à + 62.000 par an entre 2015 et 2040.

 

Dans ces conditions, l’équilibre du système de retraite reste précaire, mais est en voie d’amélioration grâce aux réformes entreprises. Le Conseil d’orientation des retraites relevait en février 2017 que « les réformes ont agi sur les trois leviers d’équilibre de la répartition : entre 2003 et 2060, la hausse de l’âge moyen de départ à la retraite permettrait de couvrir un peu plus d’un tiers du besoin de financement lié au vieillissement, la hausse du taux de prélèvement global un peu moins d’un quart et la baisse de la pension moyenne relative entre un peu plus d’un quart et les deux tiers.

 

Cependant, les dernières prévisions du COR de novembre 2017, qui couvrent la plupart des régimes de retraite obligatoires, anticipent que le solde financier du système de retraite resterait négatif à moyen terme. Le COR fonde ces perspectives sur différentes variables économiques, démographiques et réglementaires. Il établit en particulier plusieurs scénarios à long terme, en fonction de l’évolution de la productivité du travail (avec une hypothèse commune de taux de chômage de 7 % à long terme). Dans le scénario le plus favorable, le système de retraite reviendrait à l’équilibre en 2037, puis dégagerait des excédents. Dans le scénario le plus pessimiste, le système de retraite resterait dans le rouge “durablement” (et les projections du COR courent jusqu’à 2070…).      

 

Actuellement supérieur à celui des actifs, le niveau de vie* moyen des retraités devrait fléchir à partir de 2020 : pour ne plus représenter en 2040 que 95,2 % de celui des actifs. En cause, la baisse relative de la pension nette moyenne, indexée sur l’inflation, au regard des salaires, qui croissent plus vite que les prix. Le taux de remplacement du salaire net de fin de carrière par rapport à la pension de retraite passerait de 80,5 % pour un salarié non cadre né en 1940, à 67,3 % pour celui qui est né en 1980. Plus globalement, le COR voit la “pension moyenne relative au revenu d’activité moyen” chuter de 52 % aujourd’hui à 40-45 % (selon ses scénarios) à la fin des années 2030. Les pensions de retraite ne vont cependant pas baisser, mais elles augmenteront moins vite que les revenus d’activités. La perte de pouvoir d’achat au moment du passage à la retraite sera donc plus forte à l’avenir qu’aujourd’hui.