Passer du management de la performance à celui de la confiance : une urgence, mais aussi une opportunité.

Dans cette période difficile, le management à distance ne peut plus se contenter de messages collectifs, visant à motiver le groupe. Chaque collaborateur doit bénéficier d’une attention et d’une écoute individuelles, afin de préserver ce qui importe le plus aujourd’hui : la confiance. Les managers doivent dès maintenant adopter de nouvelles pratiques, à l’écoute de l’individu. Une attitude inspirée de celle des coachs, vitale pour préparer la sortie de crise.

 

Préserver l’activité en travaillant efficacement à distance, maintenir un lien virtuel entre les collaborateurs, n’est pas qu’une question d’outils collaboratifs. Dans ce contexte de crise totalement inédite, le vrai sujet aujourd’hui, pour les managers, est de préserver la confiance. En eux-mêmes, en leurs équipes, en leur capacité à maintenir une vision commune, et l’envie d’avancer ensemble. La confiance, c’est aussi ce qu’ils doivent réussir à transmettre à leurs collaborateurs, sans cesse assaillis d’informations anxiogènes sur la crise économique majeure qui s’annonce, et donc sur la pérennité de leur emploi.

 

Le management va devoir radicalement innover. Dans sa pratique au quotidien, mais aussi dans sa posture, dans ses fondamentaux. Son urgence aujourd’hui : changer de paradigme. Passer de la culture de la performance collective à celle de l’intelligence émotionnelle, à l’empathie. Pour démontrer son utilité, sa légitimité, il doit se concentrer sur la ressource la plus précieuse aujourd’hui : la motivation de chacun, la capacité individuelle à faire face, pour continuer à mener un projet commun.

En cette période, chacun de nous prend conscience de sa dépendance à autrui. Chaque briefing matinal en conférence call, chaque réunion vidéo zoom, chaque afterwork virtualisé, permet à l’individu de se sentir à nouveau membre d’un collectif, même virtuel. Cela reste indispensable bien sûr, mais le management aujourd’hui doit aller plus loin, en prenant, aussi, du temps pour l’individu. Il est temps, pour chaque manager, de définir une stratégie de coaching individualisé, pour parer aux angoisses et aux interrogations. Il n’est plus possible de se contenter d’actions de « team building », assises sur des projets à long terme devenus plus qu’incertains.

Le manager aujourd’hui se doit de porter attention à chacun, et de mettre en place des « relais d’attention », dans toute son organisation : en les ritualisant pour lui-même, mais aussi en les déléguant à ses managers de proximité. Il peut s’agir de programmer des face-à-face réguliers avec certains collaborateurs, en identifiant lesquels en ont le plus besoin, à quel moment. Mais aussi de faire passer des messages spécifiques à certaines équipes, confrontées à des situations particulières, dans une région ou une activité par exemple. Le but : inventer ensemble un management de la réassurance. Capable de prendre le pouls des collaborateurs et de s’ajuster en permanence pour faire face à leurs interrogations et à leurs attentes.

Cette triste période, aussi difficile soit-elle, aura sans doute un mérite : celle de pousser l’ensemble des organisations à revoir leur mode de management -ce que peu d’entre elles avaient réellement accompli ces dernières années, malgré le discours ambiant sur la bienveillance et la raison d’être. La crise que nous vivons va demander à chaque manager de développer de nouvelles aptitudes, concrètement et rapidement : l’écoute, l’empathie, mais aussi la résilience et la capacité à faire adhérer ses collaborateurs à une vision crédible, à plus à plus long terme.

Nul ne peut prédire, aujourd’hui, la durée ni l’ampleur de cette crise. Une chose est certaine : elle débouchera, comme toutes les crises, sur un nouvel ordre, une nouvelle légitimité. Au management de construire les fondements de sa crédibilité future. Aux managers de démontrer, dès maintenant, leur capacité à rassurer et à maintenir le cap. Les outils digitaux les y aideront, mais ne le feront pas à leur place.

 

Stefan Crisan, directeur des opérations, Edhec online