Pic de chaleur et tenue vestimentaire : quelle liberté pour les salariés ?

 Il a fait chaud  au cours de ce mois de mai, en avant-goût de l’été. Certains s salariés ont logiquement ressorti des tenues légères. Or celles-ci peuvent parfois sembler inappropriées. Comment composer avec des températures extrêmes lorsqu’on travaille ? Peut-on venir en tenue légère au bureau ? Les employeurs ont-ils, de leur côté, des obligations vis-à-vis de leurs salariés sachant que les prévisions météo nous annoncent un été particulièrement chaud ? Le point avec Anne-Lise Castell, juriste aux Editions Tissot, spécialistes du droit du travail.

 

 

En période de forte chaleur, un salarié peut-il venir en tenue légère au bureau ?

 Oui, il s’agit d’une liberté individuelle. Chaque salarié est libre de se vêtir comme il l’entend que ce soit en télétravail ou au bureau. Les seules restrictions que peut y apporter l’employeur sont soumises à deux conditions : elles doivent être justifiées par la nature de la tâche à accomplir, et proportionnées au but recherché. Concrètement,

  • L’employeur peut imposer une tenue de travail pour des raisons d’hygiène ou de sécurité: une blouse dans le milieu médical ou des équipements de protection individuelle sur les chantiers. Dans ce dernier cas, il doit même veiller à ce que les salariés la portent et ne troquent pas leurs EPI (chaussures de sécurité, casques, vêtements de protection) contre des tongs, shorts, chapeaux ou casquettes.
  • Il peut aussi faire valoir l’image de l’entreprise. Or, s’il parait justifié d’imposer des règles vestimentaires – voire un uniforme – aux salariés en contact avec la clientèle ou aux commerciaux, le débat est beaucoup moins tranché pour les salariés qui travaillent dans des bureaux et ne rencontrent pas de clients.

Dans tous les cas, une tenue décente et qui ne soit pas contraire aux bonnes mœurs peut être exigée (le maillot de bain n’en est pas une !) …mais sans exercer de discrimination : si le port du short ou des tongs est autorisé pour les femmes, difficile de l’interdire aux hommes…

 

L’employeur est-il tenu de fournir des équipements de type climatisation ou ventilateur dans ses locaux ? (puisqu’il a l’obligation de les chauffer l’hiver) ?

 Non. La seule obligation de l’employeur en la matière est que, dans les locaux fermés où le personnel est amené à séjourner, l’air doit être renouvelé de façon à éviter notamment les élévations exagérées de température. Clairement, une simple aération vers l’extérieur peut suffire.

En revanche, au-delà de 33° C, l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) estime que le travail présente des dangers pour les salariés. Donc même si le Code du travail ne prévoit pas de température maximale au-delà de laquelle il n’est plus possible de travailler, l’employeur doit être vigilant et doit assurer la sécurité de ses salariés en toute occasion.

 

 

Quelles sont les autres obligations de l’employeur pour assurer la sécurité de ses salariés en cas de forte chaleur ?

Le Code du travail lui impose tout d’abord de mettre à disposition des salariés de l’eau potable et fraîche ; et d’aménager les postes de travail extérieurs de telle sorte qu’ils soient protégés, dans la mesure du possible, contre les conditions atmosphériques (zones d’ombre, abris, locaux aérés, climatisés, etc.).

Concrètement, toutes les bonnes pratiques doivent être mises en œuvre pour garantir la santé des salariés, et notamment :

  • adapter les horaires de travail dans la mesure du possible (par exemple en les faisant travailler plus tôt le matin) ;
  • prévoir des pauses supplémentaires pendant les heures les plus chaudes ;
  • rappeler à tous les signes et symptômes des coups de chaleurs (maux de tête, fatigue, peau sèche et chaude, etc.) ;
  • inciter les salariés à se surveiller mutuellement pour déceler d’éventuels symptômes de coups de chaleurs et les signaler.

Sur un plan plus réglementaire, l’employeur doit intégrer le risque de forte chaleur dans son Document Unique d’Evaluation des Risques (DUER) et de mettre en œuvre des mesures préventives contre ce risque.

 

Anne-Lise Castell, juriste aux Editions Tissot