Reconnaître le handicap psychique pour permettre l’insertion par le travail

Par Georges Bullion, président de Messidor

 

 

Méconnu et mal pris en charge, le handicap psychique touche pourtant un nombre croissant de personnes, estimé à 600 000 en France en 2012. Cette pathologie, cyclique, est souvent associée à tort au handicap mental. Elle apparaît en général en fin d’adolescence sous forme de troubles bipolaires, de schizophrénie ou de dépression. Mais elle touche aussi un nombre grandissant d’adultes en proie au burn-out. L’enjeu de la prise en charge consiste à stabiliser l’état psychique des personnes pour leur permettre de retrouver la confiance en soi comme tout citoyen au sein de notre société.

 

Or le handicap psychique est le mal-aimé de la politique de santé publique. Si la loi du 11 février 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » reconnaît bien le handicap psychique et estime qu’il doit être compensé, la réalité est toute autre. D’une part, ce handicap est mal perçu : non seulement il est invisible, contrairement au handicap moteur qui symbolise aux yeux de tous le handicap, mais de plus il fait peur et alimente l’imaginaire. D’autre part, il existe un fossé culturel entre le milieu du soin psychiatrique, qui dispense les traitements, et le milieu médico-social, qui accompagne les personnes dans leur vie quotidienne, alors que tous deux devraient être associés pour garantir une prise en charge efficace.

 

Que faire pour remédier à cette situation ? Trois points nous semblent essentiels :

– déstigmatiser le handicap psychique pour que les employeurs n’aient plus peur d’embaucher – ou de garder en poste – des personnes en situation de handicap psychique dans leurs équipes. La transition par le travail préconisée et expérimentée depuis 40 ans par Messidor apporte des résultats probants pour l’insertion de ces personnes, car bien qu’affectées par leur maladie, elles bénéficient d’un potentiel intellectuel intact qui doit être reconnu et exercé. 

– réaliser le diagnostic le plus tôt et le mieux possible. Trop souvent, il ne prend en compte que l’aspect médical sans évaluer le potentiel des capacités professionnelles et des relations sociales de la personne. La mise en situation de travail est le meilleur moyen de diagnostiquer ses facultés. Ne pas le faire, c’est risquer de l’écarter du chemin de la réinsertion sociale.

– assurer la fluidité du parcours des personnes qui est généralement semé d’embûches administratives, de délais d’attentes interminables alors qu’elles ont besoin de perspectives pour avancer. Pour ce faire, les acteurs doivent se connaître et se reconnaître afin de concerter leurs actions. Cette fluidification est d’autant plus nécessaire que les personnes en situation de handicap psychique ne suivent pas un parcours linéaire mais connaissent des rechutes au cours de leur vie.

 

En complément des établissements de santé et des établissements et services d’aide par le travail (Esat) occupationnels, nous préconisons la mise en place d’un Esat de transition par département. Quel meilleur rétablissement de soi que le travail ?