Trois mythes sur la faible présence des femmes dans les conseils d’administration

Par Bettina Buechel, Professeur de stratégie et d’organisation à l’IMD

Malgré les progrès, les inégalités de genre perdurent. Dans de nombreux pays, les écarts d’accès aux opportunités économiques et politiques, à l’éducation, à la santé et à des revenus décents persistent entre les hommes et les femmes. Bien sûr, le gap varie selon les Etats. Il est plus bas en Islande, en Finlande, en Norvège et en Suède. A l’inverse, les décalages les plus criants s’observent en Iran, au Mali, en Syrie, au Pakistan, au Tchad et au Yémen.

 

Les conseils d’administration sont un des lieux où l’on observe cette situation. Leur composition continue d’être en majorité masculine. Au sein de l’Union européenne, les femmes ne représentent que 17% environ des sièges dans les grandes entreprises cotées en Bourse. Aux États-Unis, le taux de féminisation atteint 19% de l’ensemble des mandats, si l’on ne tient compte que du S & P 500. Au Japon, la proportion se limite à 1%.

 

Pourtant, des études montrent l’impact positif que peut avoir la désignation de femmes dans les conseils, sur la performance. Tout d’abord, les femmes donnent une nouvelle perspective aux questions complexes. Par rapport à leurs homologues masculins, elles sont plus susceptibles de soulever des questions difficiles, tout en suggérant des solutions.

 

Deuxièmement, les femmes peuvent apporter une meilleure compréhension de certains marchés et des consommateurs que leurs collègues masculins. Une troisième raison est peut-être que les femmes ont tendance à être plus souples et plus à même de gérer des situations alambiquées.

 

Une étude récente a établi la relation entre la mixité des conseils et les performances. Elle conclut que les femmes peuvent faire la différence dans certains pays. Ainsi, dans les Etats ayant une meilleure protection des actionnaires, la représentation des femmes au conseil est positivement liée à la rentabilité, la mixité favorisant le croisement fertile des connaissances, expériences et valeurs.

 

L’Union européenne a commencé à mettre en place une législation visant à uniformiser les règles du jeu, en instaurant des quotas. Certains membres de l’UE prévoient de sanctionner les contrevenants, ou d’annuler la nomination de nouveaux membres du conseil d’administration jusqu’à ce que le taux de diversité atteigne 30 à 40%. Les effets de ces politiques seront visibles dans les prochaines années.

Afin de stimuler la diversité, trois mythes doivent être dissipés.

Mythe 1 – Les femmes n’ont pas le bon leadership.
En fait, selon une étude réalisée par l’Université de Cranfield et portant les 100 premières capitalisations de la Bourse de Londres (FTSE100), une fois nommées, les administratrices sont plus susceptibles de décrocher des mandats subséquents et de cumuler des mandats (15% contre 11% détenus par les hommes).

 

Mythe 2 – Les femmes manquent d’expérience de haut niveau
Bon nombre de chefs d’entreprise masculins justifient l’absence de femmes dans les instances dirigeantes par leur manque d’expérience en management. Ce qui ne correspond pas à la réalité.

 

Mythe 3 – Les femmes ne prennent pas de risques.
Cette affirmation est contredite par le fait qu’elles se montrent plus aptes que les hommes à intégrer des conseils d’administration d’entreprises en difficulté. Bien au contraire, elles sont plus disposées à relever des challenges.