Une action urgente s’impose pour que la crise de l’emploi ne devienne pas une crise sociale, selon l’OCDE

En amont d’une table ronde ministérielle spéciale de l’OCDE sur les politiques d’inclusion et d’emploi au service de la reprise post covid-19,  présidée par le ministre espagnol de l’Inclusion, de la Sécurité Sociale et des Migrations, José Luis Escrivá, le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, a recommandé aux Etats de «faire tout leur possible pour éviter que cette crise de l’emploi ne se transforme en une crise sociale généralisée. Les politiques macroéconomiques doivent rester favorables à l’activité économique tout au long de la crise afin de minimiser le risque d’une récession prolongée et d’une génération perdue de jeunes dont les perspectives d’emploi sont durablement compromises. Pendant ce temps, reconstruire un marché du travail meilleur et plus résilient constitue un investissement essentiel pour l’avenir des prochaines générations ».

À court terme, le maintien des aides à certains secteurs encore affectés par les effets du confinement demeure essentiel pour protéger l’emploi et le bien-être. Mais il importe de cibler ces aides en direction des entreprises qui en ont le plus besoin, tout en renforçant les incitations à reprendre en toute sécurité le travail pour ceux qui le peuvent et en aidant les entreprises qui embauchent de nouveaux travailleurs. C’est indispensable pour éviter les effets délétères d’un chômage et d’une inactivité prolongés. Les entreprises, en particulier les petites, auront besoin d’aide pour appliquer des mesures adaptées d’hygiène et de sécurité au travail.

 

 Dans la mesure où les perspectives de retrouver rapidement un emploi resteront médiocres pour beaucoup, certains pays devraient allonger la durée d’indemnisation du chômage pour empêcher les demandeurs d’emploi de glisser trop rapidement vers des allocations de revenu minimum beaucoup moins généreuses. Les aides d’urgence en faveur des travailleurs indépendants devraient également être réévaluées afin d’améliorer le ciblage, de rétablir les incitations et de garantir l’équité.

 

 À moyen terme, précise l’OCDE, les pays devraient combler les lacunes structurelles des dispositifs de protection sociale que la crise a mises en évidence. Il s’agira notamment de renforcer l’aide au revenu pour tous les travailleurs, y compris les travailleurs indépendants, les travailleurs à temps partiel et les autres travailleurs atypiques. Les entreprises doivent également se montrer dignes de la confiance que les pouvoirs publics leur ont accordée pendant la phase d’urgence de la crise du COVID-19 en préservant les emplois dans toute la mesure du possible et en investissant dans les compétences de leurs salariés. Pour veiller à ne laisser personne de côté à l’heure de la reprise, il est essentiel d’élargir le soutien au système d’enseignement et de formation professionnels, mais aussi de tirer parti du dialogue social et des négociations collectives pour renforcer la résilience du marché du travail.

 

 

 La pandémie de COVID-19 provoque une crise de l’emploi bien plus grave que celle qui avait suivi la crise de 2008. Les femmes, les jeunes et les travailleurs à faible revenu sont les plus durement touchés, selon un nouveau rapport de l’OCDE et les statistiques du chômage publiées ce 7 juillet.  

 

Dans la zone OCDE, le taux de chômage est revenu à 8.4 % en mai 2020, après avoir enregistré en avril une hausse sans précédent de 3 points, jusqu’à atteindre 8.5 %, soit le taux de chômage le plus élevé depuis dix ans. Le nombre total de demandeurs d’emploi dans les pays concernés  s’élevait à  54,5 millions en mai.

 

Même dans le scénario le plus optimiste d’évolution de la pandémie, le taux de chômage dans l’ensemble des pays de l’OCDE pourrait atteindre 9.4 % au quatrième trimestre de cette année, dépassant tous les pics enregistrés depuis la Grande dépression. Le pourcentage des actifs occupés devrait rester inférieur à son niveau d’avant la crise, même à la fin de 2021.

 

Les premières mesures de soutien public ont été d’une ampleur et d’une portée sans précédent, notamment sous la forme d’un élargissement des dispositifs de maintien dans l’emploi permettant aux employeurs de réduire le temps de travail normal de leurs salariés tout en recevant une aide financière pour ces heures non travaillées. Le nombre total d’heures travaillées s’est effondré, diminuant dix fois plus vite au cours des trois premiers mois de la crise actuelle qu’au cours des trois premiers mois de la crise financière mondiale de 2008 dans les pays de l’OCDE pour lesquels des données sont disponibles.  Ce sont les personnes  disposant de revenus faibles qui sont les plus durement touchés.