Omis ou mal cadrés, les entretiens individuels sont sources de risques psychosociaux

L’enquête que publie le ministère du Travail est formelle : tous les salariés ne bénéficient pas d’un entretien individuel. Et quand il a lieu, il ne repose pas toujours sur des objectifs chiffrés. Les intéressés n’ont pas de marge de négociation. Résultat : charge excessive, ou perçue comme telle, et dans de nombreux cas, risques psychosociaux.

 

Ce tête-à-tête annuel (semestriel dans quelques grandes entreprises),entre le collaborateur et son manager est censé permettre de faire le point sur l’organisation et le contexte du travail ainsi que sur la performance de l’intéressé, par rapport aux attentes de son employeur. L’ennui relèvent Thomas Coutrot de la Dares et Nicolas Sandret (inspection médicale du travail), c’est que seuls 56 % des salariés ont au moins un entretien individuel d’évaluation par an avec leur supérieur hiérarchique. Et quand cet entretien a lieu, une fois sur quatre, il ne repose pas sur des critères « précis et mesurables ».

 

Le document qui exploite des données de l’enquête Sumer, note aussi que parmi les salariés qui sont reçus au moins une fois par an par leur supérieur pour un entretien individuel d’évaluation, 44 % se voient fixer des « objectifs chiffrés précis », contre 34 % de l’ensemble des salariés. Quand les entretiens sont « cadrés » – c’est-à-dire qu’ils s’appuient sur des « critères précis et mesurables » -, les salariés sont alors 50 % à avoir des objectifs chiffrés à atteindre.

 

Les salariés qui ont des objectifs chiffrés à atteindre sont beaucoup plus nombreux à déclarer devoir « toujours ou souvent se dépêcher pour faire leur travail », qu’ils aient ou non un entretien individuel d’évaluation: environ la moitié, contre moins d’un tiers des autres salariés . De même, rapporte l’étude, 44 % des salariés qui ont des objectifs chiffrés à atteindre, qu’ils aient ou non un entretien d’évaluation, disent qu’on leur « demande d’effectuer une quantité de travail excessive », contre 26 % de ceux qui n’ont ni entretien ni objectifs individuels. Les salariés qui ont des objectifs chiffrés sont aussi plus nombreux que les autres à juger « ne pas avoir le temps nécessaire pour effectuer correctement leur travail ».

 

La fixation de leurs objectifs ne s’accompagne pas de moyens suffisants, souligne encore le document. Ce qui se traduit par le ressenti d’une forte demande psychologique. L’entretien individuel d’évaluation ne semble guère donner à ces salariés l’occasion de négocier leur charge de travail.

En moyenne, 17 % des salariés déclarent une santé altérée : à la question « quel est votre état de santé ? », ils répondent « moyen », « mauvais » ou « très mauvais ». Cette proportion monte à 23 % pour les salariés dotés d’objectifs chiffrés et ne bénéficiant pas d’entretien d’évaluation « cadré ». De même, 6 % des salariés signalent « être limités depuis au moins 6 mois à cause d’un problème de santé dans les activités que les gens font habituellement ».

 

Lire l’intégralité de la note sur le site du ministère du Travail, ici : http://bit.ly/1wFX2yl